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King Kong
de Peter Jackson
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : New York, 1933. Ann Darrow est une artiste de music-hall dont la carrière a été brisée net par la Dépression. Se retrouvant sans emploi ni ressources, la jeune femme rencontre l’audacieux explorateur-réalisateur Carl Denham et se laisse entraîner par lui dans la plus périlleuse des aventures... Ce dernier a dérobé à ses producteurs le négatif de son film inachevé. Il n’a que quelques heures pour trouver une nouvelle star et l’embarquer pour Singapour avec son scénariste, Jack Driscoll, et une équipe réduite. Objectif avoué : achever sous ces cieux lointains son génial film d’action. Mais Denham nourrit en secret une autre ambition, bien plus folle : être le premier homme à explorer la mystérieuse Skull Island et à en ramener des images. Sur cette île de légende, Denham sait que "quelque chose" l’attend, qui changera à jamais le cours de sa vie...



Avant, pour « monter » un film, il fallait « embobiner » producteurs, acteurs, auteurs et autres collaborateurs. C’est ce que montre King Kong, qui se présente à la fois comme un film à gros effets de cavalerie (200 millions de dollars de crédit sur le dos du gorillot ; une centaine devrait être comblée avec les entrées en salles, le reste en DVD, si les hackers se tiennent quois et en produits dérivés, pas forcément des CD’s car la musique du film est insignifiante, plutôt des jeux vidéo et des objets comme des cerfs-volants décervelants en forme de gros rats volants) et comme une réflexion, ne tirant pas vraiment à conséquence, sur la notion de spectacle - on se souvient par exemple que les pepla du muet genre Ben-Hur avaient été un peu rudes pour les pauvres bougres qui, de simples figurants, étaient devenus, du jour au lendemain, cascadeurs professionnels, tout aussi anonymes, puis étaient passés de vie à trépas, dans les incidents, accidents, aléas du tournage (arrête to char, tu charries, chéri !), comme de simples pertes et profits du cinématographe.

Le modèle du réalisateur sans scrupule Carl Denham, caricaturé par le film, n’est ni Cecil B. De Mille, ni même le casse-cou, tête brûlée et anti-communiste primaire Merian Caldwell Cooper, qui co-réalisa le vrai King Kong, celui de 1933, avec Ernest Beaumont Schoedsack, mais, assez curieusement - le réalisateur de la version de 2005 se place du côté du manche, du côté des décideurs financiers plutôt que de celui des artistes -, le jeune Orson Welles, brillamment interprété par un sosie poussant la ressemblance aussi loin que possible : un Jack Black massif aux yeux bridés et au petit nez dessiné bien droit. De même, le comédien qui interprète le rôle du capitaine (il en a l’âge), l’Ossie Thomas Kretschmann, qu’on a pu apprécier dans plusieurs épisodes de la série Zen Derrick, est parfait dans le style Errol Flynn. Il est vrai que nous avons tous un sosie. Pour ma part, j’ai trouvé le mien, il y a une dizaine d’années, à l’autre bout du monde, en Australie, à Melbourne, plus exactement ; ce dernier y exerçait le misérable métier de critique de cinéma. Welles était certes ambitieux et mégalo et il a vu son apport surévalué par des générations de « cinéphiles », mais c’était un cinéaste talentueux, pacifique, bon-vivant, appréciant la compagnie des jolies femmes, un peu escroc sur les bords mais toujours pour la bonne cause (l’amour de l’art), reconnaissant lui-même qu’il était un faussaire, un Fernand Legros du cinéma ; il était plus intelligent que la moyenne, avait toujours les meilleurs directeurs de la photo, savait choisir les focales les plus courtes, celles qui rendent le mieux la profondeur de champ ; c’était par ailleurs un excellent comédien, un peu cabot, naturellement (ils le sont tous), mais à la voix ample, envoûtante ; il méritait à ce titre une critique d’ordre esthétique, non un jugement de valeur, à l’emporte-pièce, porté, qui plus est, par un jeune beauf néo-hollywoodien, néo-riche, néo-zélandais, néo-zélateur - oscarisé 17 fois - jouant les faillots vis-à-vis des représentants d’un système de production parcellisé, totalement schizo, où les producteurs ont toujours le final-cut, toujours le dernier mot, toujours raison sur les réalisateurs-auteurs-créateurs, quels qu’ils soient.