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FESTIVAL DU CINEMA MEDITERRANEEN
DE MONTPELLIER 2005

Par Axel CADIEUX

Du vendredi 21 au dimanche 30 octobre 2005 a eu lieu le 27e festival du cinéma méditerranéen de Montpellier. Au fil des années, cet événement a pris de l’importance, a acquis une certaine réputation, et propose aujourd’hui une large palette de la production cinématographique méditerranéenne actuelle. Des fictions slovènes, italiennes ou marocaines aux films expérimentaux, en passant par un programme de documentaires et de courts-métrages, la sélection officielle est on ne peut plus large et ouverte. Pas de restriction, pas de réticence face à un éventuel genre encore peu représenté. Au contraire, les organisateurs du festival ne se limitent pas à la réductrice structure de la compétition et proposent également un parallèle entre Hollywood et Cinecitta (ici, point de contrainte dûe à l’actualité puisque l’on traverse tous les âges, des premiers films de Hawks aux derniers de Scorsese), des hommages à Vittorio de Seta et Lucio Fulci (j’y reviendrai), ainsi qu’un programme de films d’animation ; entre autres.

La structure est définie, les bases sont posées.
Bienvenue à Montpellier.



Vendredi 21 octobre

Les mêmes lieux, le même environnement, les mêmes toiles. Il est toujours agréable de retrouver, à un an d’intervalle et toujours dans les mêmes circonstances, cette atmosphère montpelliéraine. Il est 20h00, pile. La soirée d’ouverture doit commencer alors que je suis encore en train de contempler la Place de la Comédie. Assez ; courons, entrons dans le vif du sujet.

Cet Opéra Berlioz me fascine toujours autant. Ce qu’il y a sur l’écran, malheureusement beaucoup moins. Après un petit discours d’introduction de Jean-François Bourgeot, le directeur du festival, j’assiste à El Calentito de Chus Gutiérrez, en avant-première. En 1981 en Espagne, la vie de Sara, jeune femme de 18 ans, bascule le jour où elle devient par inadvertance la chanteuse d’un groupe de rock féminin. La consensualité, la rigueur et la grisaille laissent alors place au monde de la nuit, aux hurlements, au sexe et à la drogue. Première excursion en ville de Sara, premier mouvement de caméra ; un travelling vertical dévoile le nom de la boîte de nuit à l’intérieur de laquelle se dévoilera l’essentiel de l’action : "El Calentito". Ou comment sacrifier son oeuvre sur l’autel de l’éphémère et de la futilité au bout de quelques minutes de métrage. La suite, que l’on continue d’espérer radicale et surprenante, ce qui la rendrait d’autant plus pertinente de par la manipulation qu’elle aurait initialement opéré sur le spectateur, se révèle d’une platitude confondante. Le cliché, qu’il peut être si habile de mettre en scène pour ensuite s’en échapper, reste ici omniprésent et, à aucun moment, le film ne s’éloignera de la ligne droite imposée par son canevas initial. Une oeuvre qui, malgré son désir de liberté revendiqué, qui va jusqu’à être tatoué sur les dos des trois musiciennes, étouffe et suffoque dans le carcan qu’elle s’est elle-même imposée. Sabotage.

En début de soirée, Curro Novallas était venu présenter son court-métrage de 10 minutes, La explicacion. Modeste et intimidé par l’immensité de la salle dans laquelle son film va être projeté, il s’éclipse rapidement et nous laisse plongés dans l’obscurité. Un homme et une femme, en couple depuis quelques années, tentent de comprendre pourquoi l’amour a fait place à l’ennui et à l’enlisement. Le jeune homme se lance alors dans une explication démentielle aussi loufoque qu’émouvante, aussi drôle que significative d’un inaltérable désarroi. S’époumonner pour oublier. Les derniers plans ne trompent pas. Une pièce blanche quasiment vide mais inévitablement désordonnée, un cadrage intelligement approximatif et, dans un coin, deux corps meurtris, blottis l’un contre l’autre, une dernière fois. "Je ne t’aime plus".