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LA MORT
DE DANTE LAZARESCU

de Cristi Puiu
Par Gilles LYON CAEN

SYNOPSIS : Un soir, Dante Lazarescu, seul chez lui, est pris d’un léger malaise. Une ambulance finit par arriver et l’entraîne dans une odyssée tragicomique. Les diagnostics se succèdent mais ne se ressemblent pas, le traitement est sans cesse retardé. Les médecins, intraitables, n’en gardent pas moins leur sang-froid tandis que Lazarescu s’enfonce dans la nuit de Bucarest.



POINT DE VUE

La Mort de Dante Lazarescu
est un film doublement auréolé. D’abord, consacré de façon fracassante par le prix Un Certain Regard du Festival de Cannes 2005, cette Mort lente met longtemps à nous heurter de pleine face. Ensuite, parce qu’ici se déploie aux quatre coins du plan une nouvelle et unique expérience de la durée.

Dante Lazarescu apparaît comme Cristi Puiu, vierge de toute connaissance, de tout passé. Voyez les premiers plans, où tout fait sens : une esthétique fonctionnelle s’amorce d’emblée, vêtements, cuisine et téléphone troquant un point de vue imminent de la misère, sociale et affective. Mais brusquement, à travers la respiration du cadreur, une scansion, un intervalle palpables, naissent les nervures sensibles d’un filmage à vif. Une émotion surgit et se dépose bientôt à l’issue du long plan-séquence. Un regard, un enjeu nous pointent du doigt, puisant énergies et questionnements dans l’urgence du point de vue : Lazarescu, seul dans le noir, avec ses chats et son destin, brûle les plans.

Règne de la mise en scène qui désamorce un pacte de lecture (naturaliste), souplesse électrique qu’impulse la méthode, ciselée, de Cristi Puiu. Lazarescu, sans prénom ni femme, s’écroule tel une maison en ruines. À peine le temps d’appeler un hôpital, une infirmière, qui viendra viendra pas, tarde. Que le premier enjeu de cinéma, coller au personnage en captant vaille que vaille des bribes de vie (mais le cinéma n’existe pas), relève déjà du tour de force. Que le film s’épuise à (nous) rendre la raison, informe du second enjeu : filmer la mort au travail en restituant, mieux, en redonnant, une identité, une dignité à une personne apatride.