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Idée splendide de cinéma : filmer les pérégrinations d’un homme qui ne tient pas debout. Lazarescu n’existe pas. Il maugrée, n’est là pour personne, encore moins pour les hôpitaux. Personne n’en veut et lui ne veut rien : belle impasse, point d’achoppement théorique que nul scénariste n’oserait contrer ou dépasser. Ainsi, La Mort de Dante Lazarescu se veut moins un hommage appuyé à un exclu, qu’un traité sur l’absurdité du monde comme il boîte. La survie ? Un leurre. Le système social roumain ? Un trompe-l’œil. En ce sens, le film se révèle comme un outil de résistance active et un appel à la vigilance. Dans les ruines de l’appartement se dresse un petit théâtre de la solidarité. Au choix : une aberration, un espoir.

On peut dénombrer les enjeux poignants que soulève une telle croyance dans le cinéma : représenter de façon métonymique ou en détail une société qui n’en fait plus ; rétablir la carte d’identité d’un mort-vivant. Et faire d’un combat contre la masse, aussi obscure que totalitaire, un enjeu total : l’anonyme face au pouvoir, ou l’homme ignoré par les autorités qui se fait, formidable pied de nez, monstre d’autorité. Fable kafkaïenne bien connue, qui voit l’homme humilié par une société inhumaine parce qu’invisible. C’est la force des faibles, entendez les exclus, le combat d’un homme déchu, ballotté entre les limbes et la tombe. Une leçon de cinéma contrarié face à l’ignominie généralisée, et de sensibilité. Car ce corps de patriarche, dictateur qui s’ignore et métaphore du délitement social, trépasse, en nous fixant de son regard obtus. Lazarescu, sénile qui se rêve médecin malgré lui, finit happé par l’indifférence.

Cristi Piui crée donc Lazarescu, ermite allongé au creux de son sofa telle une allumette rivée au fond de sa boîte, au sein d’un appartement transformé en tombeau ou chambre à échos (le flux télévisuel en sourdine d’où parviennent les nouvelles du dehors). Ce personnage mythique est aussi vieux, laid, alcoolique et souffreteux, que magnifique. Voici un « misérable », au sens hugolien du terme, une brute solitaire gorgée de fierté et de tristesse. Si bien qu’à travers le regard du cinéaste qui dissimule empathie et tendresse, se tisse l’oxymore Lazarescu : merveille d’arrogance et d’endurance.






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Titre original : Moartea domnului Lazarescu
Titre : La Mort de Dante Lazarescu
Réalisateur : Cristi Puiu
Acteurs : Ioan Fiscuteanu - Luminta Gheorhiu
Genre : Drame
Nationalité : Roumain
Date de sortie : 11 janvier 2006
Durée : 2h34