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LIVRE

ABEL FERRARA

d’Arzhel Le Goarant
Par Gilles LYON CAEN

PRESENTATION DE L’EDITEUR : Abel Ferrara est avant tout connu pour être l’auteur de Bad Lieutenant et de King of New-York. Mais ces deux succès marquants sont aussi deux arbres qui cachent une bien belle forêt. L’Ange de vengeance, The Addiction, Snake Eyes... sont autant de films passionnants qui méritent le plus grand intérêt. Il n’est cependant pas facile de se frayer un chemin au milieu de cette oeuvre riche, dense et complexe, aussi bien du point de vue de l’art que de celui de la pensée. Dans la droite lignée des philosophes du XIXe siècle, Ferrara continue de nous interroger sur ce qu’est l’être individuel, sur ce que nous sommes.



POINT DE VUE

Ça commence plutôt mal. Dans son introduction, l’auteur se sert des reproches adressés à Abel Ferrara pour présenter ses idées. Au lieu de prendre à la gorge les clichés anti-Ferrara, ou de se risquer à les contredire, il les prend au sérieux et leur rétorque au pied de la lettre. Et déclare que « le reproche qui lui est plus fréquemment adressé » serait que « Ferrara ferait du sous-Scorsese ». Puis, Arzhel Le Goarant glose quelque peu sur la sphère privée du cinéaste. Mais si celle-ci recouvre un tel mystère, pourquoi la déflorer ? Si elle sert de prétexte stérile aux quelques détracteurs, pourquoi en rajouter dans le registre du fantasme ?

Après avoir sérié et effleuré des références (Pasolini, Godard, Fellini, Sirk, tout y passe), la roue libre des comparaisons s’achève : « On pourrait aller jusqu’à se demander s’il est réellement l’auteur de ses films »... L’analyse, elle, tarde vraiment à prendre forme. Et en plus des « références » et « confidences » rarement accordées à la presse, il faut faire avec certaines citations, en partie celles d’Elizabeth Herrgott. Si celle-ci a le mérite d’avoir écrit jusqu’ici le seul livre sur Ferrara, elle a rédigé une « explosive déclaration d’amour » à ne pas mettre entre toutes les mains. Amour mystique qui prouve que le fanatisme ne se partage pas.

Arzhel Le Goarant évoque la présence secondaire des femmes dans les films, car « presque tous les personnages principaux de ses films sont des hommes virils ». Les contre-exemples se bousculent, des portraits de femmes de Snake eyes à The Addiction. De plus, d’aucuns verraient en L’Ange de la vengeance un brûlot féministe. Pour autant qu’ils sont « mâles », Matty dans The Blackout est peu viril, ravagé de l’intérieur, tout comme le vampire Peina de The Addiction. L’auteur systématise « le stéréotype masculin », le redoublant dans le texte ici et là, en omettant souvent Nos funérailles. « Viril », le terme est asséné, alors que dans Christmas par exemple, on assiste à une déconstruction du modèle de virilité. Oubliée aussi, l’ambiguïté des personnages. L’auteur passe sous silence cette dimension cruciale, et il affirme de façon étonnante : « malgré tous ses défauts, l’homme chez Ferrara est représenté dans toute sa splendeur ».