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Entre digressions relatives à la mentalité méditerranéenne et citations coups de poing (Breillat : « le sexe, c’est le sacré de la vie »), l’auteur se plaît à cultiver le cliché. « L’homme est pulsion » ; « le violeur, c’est l’homme »... Que d’aphorismes. Mais nuance importante, par « animalité », « virilité » de l’homme, entendez surtout l’homme sicilien ! Le « Sicilien », la voiture, « symbole d’existence », ou l’enfance, parsèment la très longue liste des poncifs, réduisant l’analyse à une peau de chagrin, ou pire, à une chimère.

Les nombreuses pages sur Ferrara envisagé comme cinéaste de genre, les quelques saillies sur L’Ange de la vengeance, changent la donne. Mais quand il touche enfin au but, « le repli du verbe » des personnages, ou la quête de l’homme (« la seule quête terrestre possible est alors l’homme lui-même »), toujours l’analyse se dérobe. On la retrouve certes, mais à travers un prisme sociologique et des thématiques tout droites sorties de manuels scolaires, telles que la rédemption, l’ange déchu, la chute... Et quand advient péniblement le thème décisif du trauma, l’auteur bifurque, ni une ni deux, vers Affliction de Paul Schrader...

En faisant de Bad Lieutenant, The King of New-York, The Blackout et Nos Funérailles ses films d’élection, Arzhel Le Goarant se fraye un chemin sans jamais établir une histoire des formes à l’œuvre chez Ferrara. Le titre « En conclusion : le corps » en donne une brève idée. Les références aux philosophes, Wickelman notamment, se veulent analytiques mais alourdissent le propos. Or, il y avait matière à rêver devant une formulation comme « existentialisme sacré ». Mais point de réponse, en dehors d’une comparaison avec Kierkegaard. Les lectures de films auraient dû puiser dans l’or filmique de Ferrara, une matière sonore et visuelle dont l’absence hante ici le texte. Voyez par exemple l’ouverture royale de The King of New-York qui dévoile le palace doré de Franck White, sur fond de musique sacrée de Vivaldi. Autre exemple pour illustrer la belle formule « existentialisme sacré » : les vaines implorations du Sergent Major dans Body Snatchers, qui sera supprimé, démasqué par les larmes et son expression trop humaine.

Tout relève donc ici de coupes ingrates, l’auteur se refusant à radiographier les films, ou de faire l’effort d’ausculter les images, d’y entrevoir la rémanence du trauma, du trou noir ; ou comment l’homme absorbe, synthétise les maux du siècle. Pourtant, Ferrara ne cesse de tisser ces questionnements au cœur de sa mise en scène. Les intérêts d’Arzhel Le Goarant, le « ressentiment », la « mauvaise conscience » notamment, ne font qu’approcher ici les nombreuses dialectiques internes du personnage ferrarien, omettant non seulement un champ philosophique immense, mais aussi des enjeux concrets de cinéma et de mise en scène.

Au contraire, au lieu d’ôter à l’œuvre son prétendu mystère, ces concepts finissent par le recouvrir d’un second voile, et par obscurcir l’évidente beauté de son aura critique. Pour le premier livre analytique sur Ferrara, il faudra attendre celui de Nicole Brenez, spécialiste du cinéaste. Il se trouve qu’elle est ici très curieusement absente.






Titre : Abel Ferrara
Auteur
 : Arzhel Le Goarant
Editeur : L’harmattan
Date de parution : 11/2005
Collection : Champs Visuels
Nombre de pages : 312 pages

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