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GUY MADDIN
Entretien réalisé
le 25 octobre 2005
Par Cécile GIRAUD

Après son Dracula dansé et en noir et blanc en 2003, Guy Maddin revient avec un film qui fait encore la part belle à la musique, jouant entre noir et blanc et couleurs, entre beauté et laideur, émotion et ironie, en écho à son actrice principale Isabella Rossellini, qui ose mettre son image en périle en jouant une ancienne beauté devenue femme-tronc.

Alors que The Saddest Music in the World est terminé depuis déjà deux ans, ce n’est que le 22 février 2006 qu’il sera proposé sur les écrans français. Soucieux de lui reserver une sortie digne de ce nom, le distributeur français ED Distribution avait organisé une avant-première du film le 24 octobre 2005 au Centre Pompidou. C’est le lendemain que nous avons rencontré Guy Maddin.



Objectif Cinéma : Il semble que vous soyez très influencé par la mythologie, la culture européenne, et plus encore française.

Guy Maddin : Je ne lisais pas beaucoup ni ne voyais pas beaucoup de films étant enfant, mais quand j’ai commencé à m’y intéresser, j’ai senti que j’aurai dû commencer bien plu tôt, les contes, la mythologie, toutes ces choses qu’on croit simples mais qu’on ne comprend pas vraiment. Quand je vois un film maintenant, je l’aborde toujours selon un autre regard, comme un conte de fées, et la patrie du conte est l’Europe, c’est peut-être pour cela que l’on a cette impression...


Objectif Cinéma : On pense surtout aux pays de l’Est

Guy Maddin : Si j’aime des choses, je les garde en mémoire, et ça ressort. J’ai lu beaucoup de littérature russe, françaises, de mélodrames, Victor Hugo, Eugène Sue... Mon livre favori est sans doute Lolita de Nabokov. J’aime Petersbergh... tellement de choses différentes ! En cinéma, j’aime évidemment beaucoup Vertigo de Hitchcock, Tout ce que le ciel permet...


Objectif Cinéma : Des films américains donc...

Guy Maddin : Oui. Mais quand vient le temps de faire mes propres films, je ne suis ni Hitchcock, ni Jean Vigo, ni aucun autre de ces grands maîtres, je fais juste les films à ma façon. Si j’essayais de les copier, je n’y arriverais pas...


Objectif Cinéma : Vous pouvez définir vos films comme des contes de fées ?

Guy Maddin : Je crois que tout est plus ou moins un conte de fées, c’est la meilleure façon d’aborder un film, sans tenter de le comprendre. Les enfants sont ceux qui comprennent le mieux les contes de fées, ils en comprennent l’essence sans chercher à les rationaliser, sans savoir vraiment pourquoi le petit chaperon rouge ne reconnaît pas le loup dans le lit de la grand-mère, mais ils en savent le côté cruel. C’est plus intéressant quand c’est cruel. Je voudrais reconstituer ça pour les adultes.