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DVD

SALVADOR ALLENDE

de Patricio Guzman
Par Philippe CHAPUIS

SYNOPSIS : Salvador Allende a donné sa vie pour le Chili, son pays. Fondateur du Parti Socialiste Chilien, marxiste convaincu sans être un théoricien, il est avant tout un humaniste, un "gentilhomme" en politique. Candidat à l’élection présidentielle à trois reprises, en 52, en 58 où il frôle la victoire, en 64 enfin, il est à chaque fois battu. Il reprend la lutte, enraciné dans le jeu démocratique. Le 4 novembre 1970, il est élu président de la République et s’engage à corps perdu dans la transformation socialiste de son pays, obsédé par le respect pointilleux de la démocratie et de ses institutions. Cet amour pour le respect de la loi, pour la démocratie, va lui coûter la vie et plonger le Chili dans la longue nuit du fascisme durant plus de 17 ans.



POINT DE VUE

Ce beau DVD est particulièrement soigné - comme le sont la plupart des productions de Montparnasse Multimédia. En plus du dernier film de Patricio Guzman, Salvador Allende, il offre en bonus un autre documentaire intitulé La mémoire obstinée et un court extrait de la Bataille du Chili. Dans le cas de Guzman, on peut véritablement parler des différents opus de son œuvre tant il est clair que le cinéaste chilien creuse depuis des années un sillon bien à lui dans le paysage du cinéma mondial. Celui-ci est indissolublement lié à l’histoire politique du XXème siècle, aux espoirs nés de la révolution voulue par Allende et réduite à néant par Pinochet et ses alliés états-uniens. Toute la vie du cinéaste a été bouleversée (comme celle de millions de ses contemporains) par le coup d’état brutal initié le 11 septembre 1973, et il semble que toute son œuvre cherche à interroger le traumatisme. Comment auraient pu évoluer le Chili et le monde si Allende avait pu mener à bien son projet ? Sans se lancer dans d’inutiles spéculations, on peut être sûr que s’il avait vécu, la situation globale du monde, et de l’Amérique Latine en particulier, ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui.

Patricio Guzman débute sa carrière de cinéaste pendant l’ascension d’Allende dont la chute le conduira à l’exil en France. Son premier film la Bataille du Chili, couronné en son temps par de nombreux prix, constitue la matrice de l’œuvre future taraudée à la fois par le désir de capter le réel des plus humbles (leurs actions, leur quotidien, leur visage) et de tenter d’articuler ce réel avec une réflexion historique et politique sur les possibilités de l’émancipation. Avec le temps, et l’évolution de son pays livré aux sbires de Pinochet, Guzman s’interroge d’une manière de plus en plus incisive sur la mémoire. Là où le régime de Pinochet - sorte de parangon sanglant des dictatures pro états-uniennes d’Amérique Latine - a tout fait pour faire disparaître les traces, Guzman semble crier avec force dans chacun de ses films que “ le passé ne passe pas ”. Une très belle séquence au début de Salvador Allende - au cours de laquelle des doigts grattent les croûtes d’un mur blanc pour laisser apparaître en dessous une fresque oubliée du temps de la révolution - le montre avec éloquence.