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JEAN-PIERRE ET LUC DARDENNE
Morceaux choisis...
Propos recueillis par Stéphanie SENET lors de la rencontre avec le public à l’occasion de l’Intégrale organisée par le Centre Wallonie-Bruxelles en octobre 2005, à Paris


« NOTRE PLACE, C’EST D’ETRE LES SOUTIERS DE L’HISTOIRE »

Les premiers désirs de cinéma en compagnie d’Armand Gatti

Jean-Pierre Dardenne : Lorsque j’étais étudiant en théâtre à l’IAD, l’Institut des Arts de Diffusion, Armand Gatti est venu travailler pendant six mois et j’ai commencé à saisir ce que pouvait représenter une aventure de création. Il nous a ouvert au monde de la littérature et de la politique. Jusqu’alors, on l’était plutôt de manière abstraite et absconse... Et puis mon frère est venu nous rejoindre et nous avons rencontré Ned Burgess qui est venu avec une caméra Portapak, la première caméra vidéo portable. En voyant Ned et Armand Gatti travailler, on a eu envie, mon frère et moi, à notre petit niveau, de travailler un peu comme eux.

Luc Dardenne : Nous avons acheté cette caméra, la Portapak Sony, et nous avons commencé à travailler dans des cités ouvrières en Belgique. Les gens ne s’y parlaient pas, à cause des horaires, à cause de l’urbanisme. Et nous, on voulait faire en sorte qu’ils se parlent, qu’ils évoquent leur vie et leur lutte. Seraing étant une ville ouvrière, ces luttes étaient celles du mouvement ouvrier et, pour les plus anciens, les Brigades internationales dans les années 30, mais aussi la résistance pendant le régime nazi ou alors tout simplement des initiatives dans le quartier pour améliorer les conditions de vie ou les conditions de travail dans les usines, etc. On a fait cela pendant plusieurs années. Ce n’était pas des documentaires car les films n’étaient pas montés. On filmait tout simplement des gens et quand ils se levaient pour aller chercher des photos, on coupait la caméra. Et puis, quand ils revenaient, on rallumait... On projetait ces vidéos tous les samedis et les dimanches dans la cité : un café, une maison du peuple, une salle paroissiale. Bien sûr on y retrouvait les gens qu’on avait filmés pendant la semaine. A l’époque, il faut se rendre compte que c’était tout à fait nouveau de voir des vidéos. Et puis, cela a commencé à attirer d’autres personnes. Et ce travail nous a valu une reconnaissance de la part de l’éducation permanente de la communauté française, dirigée par Henry Ingberg. Ceci nous a permis de nous constituer en association et de travailler sous cette forme à partir de 1975.


La nécessité de créer un lien social : l’atelier Dérives

Jean-Pierre Dardenne : Cet atelier, Dérives, permet à de jeunes auteurs de venir travailler chez nous et il nous permet aussi de continuer à faire des murs, un peu à la façon d’un maçon. On discute avec les réalisateurs, on voit s’il faut améliorer le scénario. On continue à garder un regard sur le travail d’autres personnes. Pour nous, c’est une richesse énorme. On y tient beaucoup. Tous les documentaires ne sont pas produits par les Ateliers, car nous n’avons pas les systèmes de subvention que vous avez en France mais cela permet de produire des choses sans être enfermé dans des critères de rentabilité. C’est grâce à l’Atelier que ce qu’on appelle « la Belgique terre de documentaires » existe. Et nous sommes l’un de ces Ateliers, voilà.