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IDEES #9
Idées éparses sur quelques films
Par Johannes HONIGMANN


Pourquoi travestir la réalité alors que celle-ci est documentée par des images sans équivoque ? Question fondamentale ; réponse simpliste : pour émouvoir le spectateur au lieu de le faire réfléchir. Contrairement à ce que nous montre Scorsese dans Kundun, il n’y avait pas de différence de taille notable entre le Dalaï-Lama et Mao Tsé Toung, et le chef des Tibétains n’a pas été accueilli comme un vagabond à la frontière indienne, mais comme un Dieu vivant. En diffusant un documentaire comprenant les images authentiques tournés à l’époque juste après avoir montré le film, ARTE a bel et bien, ce soir-là, prodigué un enseignement fondamental.

Que le film Kaddosh ait remporté un franc succès auprès des « anti-intégristes » de, littéralement, tout poil ne lui enlève en rien son caractère affirmé de grotesque tissu d’absurdités et de contre-vérités concernant la halakha. Relevons simplement qu’aucun juif orthodoxe n’a eu de vapeurs mystiques en raison de l’an 2000, année éminemment chrétienne du calendrier julio-grégorien, qui correspondait à l’an 5760 du calendrier mosaïque.

Les « hommes de verre » élancés que l’on voit dans Incassable ou dans Amélie Poulain n’ont pas grand chose à voir avec la réalité physiologique d’un Michel Petrucciani ou d’un Toulouse-Lautrec qui, tous deux, n’ont guère pu grandir, ni vivre longtemps, en raison justement de la fragilité de leurs os.

Lost in Translation : accumulation de clichés. « L’étranger est toujours étranger à l’étranger » (Karl Valentin), l’ennui toujours grand quand on est seul, la solitude le moyen de se trouver si l’on se cherche, le show-biz américain un vivier de cons et la société japonaise invivable. Le paternalisme et la méfiance anti-nippons empêchent toujours autant les Américains de faire de bon films sur leurs contacts avec ce peuple.

Chaque année, me semble-t-il, un Conseil des Sages du Cinéma se réunit dans le plus grand secret pour choisir le cinéaste, reconnu mais pas encore bankable, dont le film sera le « chef-d’œuvre unanimement célébré par la critique » de l’année suivante. Quand l’heure de Lars von Trier eut sonné, on décida de faire encenser Dancer in the Dark ( un film nauséabond à force de manipulation émotionnelle ), quand Pedro Almodovar fut jugé assez mûr, on résolut de faire couronner Tout sur ma Mère ( nettement plus mou du genou, artificiel, sirupeux et vain que En Chair et en Os ), quand ce fut le tour de Jane Campion, on la remplaça par Sofia Coppola, qui avait, elle, tourné cette année-là ( avec style et pudeur, mais sans rythme et sans intérêt ). Il y eut également Sam Raimi (Spiderman 1, dont on a pu dire sans rire qu’il allait au-delà du stéréotype sur l’adolescence, le premier amour et le rapport parents-enfants).