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BONNIE AND CLYDE
Génèse d’un classique hors normes du film noir
Par Jérémy CHATEAU

SYNOPSIS : Au cœur des petites bourgades de l’Amérique des années 30, ravagées par la grande dépression, sévit le gang formé par Bonnie Parker et Clyde Barrow. Bravant aveuglément la loi, le couple et leurs complices doivent bientôt faire face à leur destinée tragique.



Le récit commence comme un film d’Otto Preminger, transporté dans l’Amérique profonde. Elle, du haut de sa fenêtre, à moitié nue, narcissique et dominante ; lui, en bas, dans un beau costume souffrant d’avoir été trop porté, examinant benoîtement une voiture. Autour d’eux, le néant. Avant qu’ils aient échangé la moindre parole, on est surpris : par son bikini à elle, anachronisme frondeur, qu’on imagine volontiers délibéré ; par sa façon à lui de sourire, toutes dents dehors, prototype parfait et douloureux du gentleman-plouc.

Lorsqu’il comprend que Bonnie n’appellera pas la police, Clyde chasse son rictus de gamin pris sur le fait, devient séducteur ; leurs premières paroles, dans une rue déserte, se poursuivent sur le ton de l’enfantillage. Elle joue la carte de la distance princière, il gravite autour d’elle comme un jeune chiot, cabotine en conséquence. C’est ainsi qu’Arthur Penn et ses scénaristes imaginent la rencontre du couple mythique : aussi improbable que "cinégénique", quasiment muette, doucement provocatrice.

Première adaptation d’envergure consacrée au couple de bandits [1], Bonnie and Clyde connaît une phase de pré-production laborieuse, à commencer par le choix du réalisateur. La Warner, sous l’impulsion de Warren Beatty, envisage une tonalité brute, et entrevoit chez les réalisateurs de la Nouvelle Vague française un savoir-faire adéquat. François Truffaut s’implique sérieusement dans le projet, avant de renoncer au profit de l’adaptation de Fahrenheit 451. Jean-Luc Godard est alors sollicité, sans succès. Finalement, la tâche échoit à l’américain Arthur Penn, déjà responsable d’une poignée de westerns remarqués (La Poursuite Impitoyable, mais aussi Le Gaucher), très à l’aise également dans le drame comme en atteste son brillant second long-métrage, Miracle en Alabama (1962). Dernier atout, Penn vient de diriger Warren Beatty dans Mickey One (1965), policier méconnu et assez savoureux. L’homme de la situation en somme : car entre-temps, Bonnie and Clyde a gagné en ambition, et il va falloir tout le savoir-faire d’un réalisateur souple et expérimenté pour diriger le projet.