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LES BANDES
DU SOUS-SOL #7

Clip et métacommentaire
Funky Squaredance
de Phoenix
Réalisé par Roman Coppola (2002)
Par Stéphane KAHN

À l’heure où le clip investit des espaces traditionnellement réservés au septième art (festivals, cinémathèques, etc.), alors que certains réalisateurs de clips sont maintenant reconnus comme de brillants inventeurs, relevons que c’est paradoxalement dans une forme impure et intrinsèquement commerciale que s’exprime parfois le mieux le cinéma. Pas d’approche exhaustive ou historique pour cette chronique mensuelle puisqu’il s’agira plutôt de s’attarder très subjectivement sur des produits mettant en question la représentation de l’artiste et interrogeant pertinemment le rapport entre musique et cinéma, entre commande et œuvre d’art. Mettre en pause le flux télévisuel pour y dénicher les fleurs dans la poubelle, les perles d’un genre dont la médiocrité globale ne doit pas dissimuler les trésors...



Comme je le disais voici quelques mois à propos d’un clip de Dominique A, tourner une vidéo pour promouvoir un single paraît, dans l’industrie du disque, être la chose la plus naturelle. Pourtant, qui parle de musique ne parle pas forcément d’image. Nous avons déjà vu que certains artistes tentent de résister à cette obligation et préféreraient sans doute ne pas apparaître à l’écran... du moins pas comme le métier entend que l’on se montre dans un clip. Avec celui que Roman Coppola signe pour le groupe Versaillais Phoenix en 2002, c’est plutôt des atermoiements du réalisateur lui-même qu’il est question. Que faire lorsque l’on ne sait plus quoi tourner pour honorer la commande ? Comment réaliser un clip original quand le budget est nul ? Comment mettre en images une chanson ayant pour principal défaut de durer neuf minutes ? C’est le récit de ces questionnements que déroule le clip de Funky Squaredance.

En 2002, cette vidéo bricolée avec les moyens du bord s’apparentait aussi au symptôme annonciateur d’une évolution conséquente quant à l’appréhension du genre. Ainsi, certains clips pouvaient être envisagés comme des œuvres à part entière, des revues de cinéma daignaient en parler et des festivals les accueillir... Une poignée d’années avant que soient édités des DVD consacrés aux réalisateurs plutôt qu’aux interprètes (la collection « Directors Label »), trois ans avant qu’un Gondry - par la grâce d’une apparition discrète dans Walkie Talkie Man de Steriogram - ne se pose au sein d’une vidéo qu’il dirige en premier « réalisateur star » de l’histoire du clip, Roman Coppola imposait déjà, avec Funky Squaredance, le réalisateur comme seul et véritable « auteur ».