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WALTER HILL
« Can You Dig It ? »
Par Derek WOOLFENDEN

Walter Hill est un cinéaste méfiant, sauvage préférant l’esquive lorsqu’il s’agit de parler de ses films et de mise en scène. Une nécessité s’est donc imposée : sonder sa filmographie pour y dégager les évidences thématiques et formelles, relever les paradoxes d’un auteur, qui a réussi à combiner jusqu’à la perfection, film d’auteur et film d’exploitation. Cette fusion est aussi à l’origine d’un véritable malentendu entre la critique et lui (particulièrement en France), mais révèle des paradoxes passionnants, dévoilant son audace narrative et sa radicalité. Constater enfin que son œuvre est une déclinaison obsessionnelle du western et démontrer combien cet auteur, finalement discret, est profondément hanté par son médium, le cinéma, qu’il plonge sans cesse dans un contexte sociologique et historique.



« Haiku style » (1) : premiers films, premières armes

Les trois premiers films de Walter Hill, Le Bagarreur (Hard Times, 1975), The Driver (1978) et Les Guerriers de la nuit (2) (The Warriors, 1979) sont poussés à l’épure et relèvent d’une dimension proprement mythologique : du comportement des personnages presque hiératiques aux trajectoires que ces derniers effectuent pendant toute la durée du film (Les Guerriers de la nuit, Sans Retour). Ces trajectoires renvoient non seulement à certains westerns (La Patrouille perdue, La Rivière rouge, La Prisonnière du désert), mais aussi aux récits bibliques (Moïse) et mythologiques (L’Odyssée, les Argonautes, L’Énéide). Walter Hill affûte le western, dans sa forme la plus archétypale et conceptuelle, de sorte à éviter ainsi toute interprétation subjective, et dégager le caractère essentiel et fonctionnel de ce parcours initiatique, par la seule question de la survie. Il n’y a pas de vie sans survie. L’initiation est accessoire car elle implique une forme d’éducation ; Walter Hill s’intéresse à l’état des choses présentes. Ses personnages n’évoluent pas psychologiquement, mais leurs comportements se règlent en fonction des situations dramatiques et graduelles. Le scénario se resserre inextricablement sur eux, s’autorisant ainsi l’usage d’un tel traitement minimal que l’on pourrait baptiser : le « style aiguisé » (3).

Contre-pieds, fonctions et typologies : le « buddy movie » et le « comics » :

Pendant un voyage en bateau, si le navire jette l’ancre et que tu mettes pied-à-terre pour aller chercher de l’eau, tu ramasseras en chemin, ici un bigorneau, là un petit bulbe de plante, mais il te faut concentrer ta pensée sur le navire, te retourner sans cesse au cas où le pilote appelle ; s’il appelle, il faut tout planter là, de peur d’être jeté à fond de cale et ligoté comme du bétail. C’est pareil dans la vie ; si, en guise de bigorneau, on te donne une petite femme (...), il n’y a pas de mal à cela ; mais quand le pilote t’appelle, cours vers le navire et laisse tout sans te retourner. Et si, en plus, tu n’es plus tout jeune, reste à proximité du navire de peur de manquer l’appel (4) (Épictète, Manuel)