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ENTRE VUES - FESTIVAL
INTERNATIONAL DU FILM
DE BELFORT 2005

Compte rendu
Par Matthieu CHEREAU

Le festival Entre Vues de Belfort, fondé par Janine Bazin et mené aujourd’hui de main de maître par Bernard Benoliel, fêtait cette année 2005 sa vingtième édition.



COMPTE-RENDU EN LIBERTE

Dans le train, de retour de Belfort, on tire les premiers bilans, histoire de faire les comptes entre les déceptions et bonheurs, de déceler ce qui - dans le tout - sauve l’affaire. On songe directement à deux ou trois films, en vrac mais par cœur. Côté auteurs reconnus, Snake Eyes d’Abel Ferrara (dans le cadre de la programmation « Cinéma à l’écran », côté anonymes (en compétition) : Snow d’Hakan Sahin.

Snow : un homme sillonne les routes du grand nord canadien seul avec son chien, ne sachant trop comment tuer le temps. Le film est simple, direct, sans prétention, et témoigne d’une économie de moyen significative. C’est étonnant à quel point le chien en vient à constituer un second personnage, devenant peu à peu le contrechamp nécessaire - mais pas forcément de substitution - au personnage principal toujours seul dans le film. Les dialogues sont rares et insignifiants, jusque ce qu’il faut pour laisser percer le silence, et faire assez résonner le manque. C’est une somme de petites imperfections, et au final une certaine innocence qui fait tout le charme de ce film, réservé mais bavard dans ces quelques plans ralentis ou zoomés, qui pointent telle étoile, telle braise, qui isolent la parole lorsque celle-ci - par bribes seulement - accouche.

Et puis Snake Eyes, bien mieux - dans la série « chronique de tournage » - que Sex is comedy par exemple. D’ailleurs, c’est sans commune mesure. Le premier est sauvage, torturé, dense, tandis que l’autre est plus construit, cérébral et parfois juste habile. On songe en voyant Snake Eyes un peu à Cassavetes, son esthétique brute et chargée (comme on charge la dose) donne bizarrement une impression de dépouillement. C’est toujours à une sorte de purification qu’on assiste dans la dégénérescence, de course mystique à la vie à la mort. Snake Eyes est du grand art, car il ne parle pas de cinéma mais de création, de la manière dont l’art comme la vie se questionne, s’invente et se bricole. Des larmes et du sang, du sky et de la coke, Ferrara ne promet rien d’autre, l’enfer et le ciel, tenu ensemble, dans son art et sa vie.