Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

KING KONG
Ou le déclin
de l’empire américain ?
Par Nicolas ONNO

En décembre 2005, le gorille géant (7,62 mètres) inondait les écrans du monde entier suivant une stratégie parfaitement calibrée. Remake du film mythique de 1933 et « délocalisé » en Nouvelle-Zélande pour limiter des coûts de production astronomiques, le King Kong version 2005 paraît, au fond, symptomatique d’une certaine tendance de l’« usine à rêves », incapable d’inventer de nouvelles histoires et de réduire ses budgets. Le cinéma hollywoodien serait-il en crise ?



Peter Jackson aurait, paraît-il, réalisé un rêve d’enfant. « King Kong est vraiment le film que j’ai attendu de faire pendant des années. Depuis l’âge de 9 ans en fait. Même Le Seigneur des anneaux est un film réalisé par un fan de King Kong. » L’histoire d’amour du gorille géant pour une starlette blonde un peu ingénue est l’un des mythes fondateurs du cinéma américain. L’image du roi Kong, juché en haut de l’Empire State Building et cerné par une escadrille de biplans, est peut-être l’une des plus fameuses de ce siècle. C’est d’ailleurs la première scène que Jackson et son équipe ont tournée, en 2003, alors que « nous travaillions encore sur la musique, le son et le mixage du Retour du roi. »

À 44 ans, épaisse barbe noire et œil malicieux, le Néo-Zélandais est enfin parvenu à « refaire [son] film préféré  », celui qui lui a peut-être donné envie de faire ce métier, débuté avec le très bricolé Bad Taste (1988). Son dixième film est aussi le sixième budget de l’histoire d’Hollywood : 207 millions de dollars ont été mis sur la table par les pontes d’Universal. L’auteur de la trilogie multi-oscarisée, Le Seigneur des anneaux - 17 statuettes au total, dont 11 pour le dernier volet (Le Retour du roi) à la cérémonie 2004, soit autant que Ben Hur et Titanic -, est en effet devenu l’une des valeurs sûres de la grosse machinerie US, touchant pour son King Kong un salaire mirobolant de pas moins de 20 millions de dollars. Il est aujourd’hui considéré comme l’équivalent d’un George Lucas.

Le « héros national » kiwi aurait ainsi patienté près de dix ans - le premier script original daterait de 1996 - avant que son projet puisse, enfin, voir le jour. Un personnage est emblématique du projet, celui, bien sûr, d’Ann Darrow, première « screaming queen » du septième art (interprétée par Fay Wray en 1933). Peter Jackson avait cherché à rencontrer l’actrice, dernière survivante du Kong originel - au printemps 2004, quelques heures après son triomphe aux Oscars -, pour lui proposer de tenir un petit rôle dans son remake, soixante-douze ans plus tard. Un « grand moment » également pour la belle Naomi Watts, révélée par Mulholland Drive (2001), qui obtenait la « bénédiction » de la vieille dame de 96 ans pour sa reprise du rôle mythique (1). Hélas, Fay Wray s’éteignait quelques semaines plus tard. Désirant lui faire dire la réplique finale - « C’est la Belle qui a tué la Bête ! » -, en hommage à l’esprit du film de 1933, l’auteur du Kong 2005 devait se résoudre à rendre le dialogue à Carl Denham (joué par Jack Black), comme dans l’original.