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JEAN SEFERT
Initiateur du doublage
de films français
en langue argentine
Entretien réalisé
en juin 2005
Par François JUSTAMAND
Assisté de Pascal LAFFITTE

Producteur, distributeur, créateur d’un laboratoire de tirage en France, de deux salles de cinéma à Mexico, et initiateur du doublage de films français en langue argentine, Jean Séfert a eu une vie bien remplie. La Gazette du doublage a rencontré cet homme étonnant, né en 1908, qui conserve une mémoire prodigieuse et des souvenirs précis de son parcours qu’il a d’ailleurs raconté dans un ouvrage : La Chance m’a fait Cinéaste (Editions Economica, 2005).



La Gazette du doublage : Parlez-nous de vos débuts dans le milieu du cinéma ?

Jean Séfert : En 1924, j’ai passé à 15 ans et 9 mois mon baccalauréat avec une dispense du Président de la République (l’âge légal étant 16 ans). La première année, j’ai fait sciences, langues anglais - espagnol, et l’année suivante, comme cela se faisait en deux ans, j’ai fait Mathélem. J’aurais pu continuer mes études mais mon père a malheureusement traversé une mauvaise passe financière et j’ai été obligé de travailler. Je suis entré dans une société de distribution de films qui s’appelait Les Films Armor, à capitaux russes, et dans laquelle j’ai appris les rudiments de l’activité de distributeur, tout en étant projectionniste. Lorsque le temps de mon service militaire est arrivé, on m’a demandé quelle était ma profession et j’ai donc répondu donc que j’étais projectionniste. Dans l’artillerie, on m’a immédiatement assigné à la projection d’un film traditionnel dans toutes les incorporations du contingent, représentant une superbe hétaïre entièrement nue, allongée sur un divan, sur laquelle, par superposition, était installé un affreux squelette ! C’était pour dissuader les jeunes recrues de fréquenter les dames de mauvaise vie ! Je suis ainsi devenu dans ma batterie l’homme-cinéma, ce qui a joué un rôle déterminant dans ma vie.


La Gazette du doublage : Qu’avez-vous fait après le service militaire ?

Jean Séfert : Après ma libération des obligations militaires en 1931, j’ai vraiment cherché quoi faire : si j’allais réintégrer la « boîte » d’où je sortais, si j’allais essayer d’entrer chez Gaumont ou chez Pathé.

Quinze jours après la fin de mon service militaire, en déambulant sur les grands boulevards, je suis tombé sur un camarade de régiment qui m’a conseillé d’aller tenter ma chance aux Films PDC, rue Tronchet. Arrivé là-bas, un homme que je connaissais vaguement par l’intermédiaire de mon père m’a demandé si j’avais 20.000 francs et si je connaissais le film Nanouk L’esquimau (Robert Flaherty, 1920-1921). A cette époque, les premiers grands documentaires avaient un énorme succès parce qu’ils révélaient au public ce qui maintenant nous paraît banalisé au 21e siècle.

J’ai réussi à sonoriser et faire commenter Nanouk par un très bon commentateur qui s’appelait Jean-Charles Reynaud. Le film a été un tel succès qu’au bout de six mois, j’avais gagné 500.000 francs, moi qui avais jusqu’alors une simple situation de 600 francs par mois. C’est à partir de là que j’ai commencé ma carrière en tant que distributeur avec ma propre maison de distribution : Les Films Jean Séfert.