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JUAN PITTALUGA
Réalisateur, à propos d’Orlando Vargas
Par Nadia MEFLAH

Né à Madrid en 1960, Juan Pittaluga a grandi entre l’Uruguay, l’Espagne, le Canada, la Suisse et la Belgique. Entre 2002 et 2004, il est le principal collaborateur de Jonathan Nossiter sur Mondovino . Dans ce film, dont il est producteur associé, il réalise la prise de son. En 2001, il réalise son premier court métrage, Rêver . Actuellement il prépare un documentaire sur le mensonge. Juan Pittaluga est à a la fois réalisateur, scénariste, acteur, ingénieur du son, et producteur associé uruguayen.



RENCONTRE AVEC UN HOMME D’ETHIQUE

Juan Pittaluga : Toute ma vie j’ai eu besoin de parler de mon père. Il a eu une conduite éthique sa vie durant et personne ne s’en est rendu compte. C’est passé inaperçu. Il s’est opposé au coup d’état militaire de1973, il l’a fait humblement et non pas pour entrer dans l’Histoire. La peur s’était emparée du pays. La plupart de ses meilleurs amis lui tournèrent le dos. Il est resté seul, sans travail, n’ayant que son éthique pour résister. Il est mort peu de temps après, à l’âge de 52 ans. Sa lutte a servi à ce que 30 ans plus tard son fils puisse lui rendre hommage dans un film. Et que les fonctionnaires qui sont restés au pouvoir n’oublient jamais ceci : une attitude éthique on l’a TOUTE sa vie. Mais en même temps il y a cette difficulté de faire le deuil. Car en disparaissant, il a laissé plus de vie qu’il n’a emporté. Et dès lors qu’est-ce que l’on fait avec ça ? Avec cet héritage ?


Objectif Cinéma : La disparition de votre père vous a obligé à vous exprimer.

Juan Pittaluga : J’ai eu l’obligation de rendre vitale cette disparition ! Et je comprenais que je devais travailler instinctivement et vite sur le film, d’une manière plastique. Pour respecter un trajet, dans son intégrité, afin de ne pas le trahir. Paradoxalement je dirais que la fiction nous sépare de la vie où tout est expliqué. Des années plus tard, j’ai compris quelque chose d’assez paradoxal et qui m’a énormément servi pour faire le film.. Cet homme encore jeune et plein de puissance, qui avait disparu de nos vies brutalement, nous avait légué une intense envie de vivre. Il avait eu le temps de nous souffler une dimension secrète de la vie. J’ai appris alors que l’émotion qui se cache derrière un drame peut être le geste qui nous sauve. Je suis parti à la recherche de cette émotion dans le film.