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TSAI MING-LIANG
avec Chen Shiang-chyi et Lee Kang-sheng

La Leçon de cinéma
Propos recueillis
à Nantes en novembre 2005
Par Donald JAMES
Photos de Donald JAMES

En tournée promo pour son film le plus noir, La Saveur de la pastèque lors de la 27e édition du Festival des trois continents, Tsai Ming-liang eut la délicatesse d’accorder avec Chen Shiang-chyi et lee Kang-sheng une journée pour articuler une superbe leçon de cinéma sur la direction d’acteurs. Compte rendu.



Tsai Ming-liang introduit la leçon aux côtés de Vincent Wang, son fidèle collaborateur.

Il rappelle au public, constitué de nombreux lycéens, l’importance de la création dans un contexte de mondialisation, l’importance d’un cinéma d’art à préserver contre un cinéma de pur business. Pour ça, Tsai invite au militantisme culturel : il faut faire de la « résistance », aller vers le public, dans les librairies, vers les étudiants, dans les universités. Il rappelle à titre d’exemple, sa propre expérience lorsqu’en 1998, après 4 films, aucune salle ne voulait de ses films. Tsai Ming-liang a donc loué lui-même une salle de 160 places pour montrer son film Et là bas quelle heure est-il ? Trois billets avaient été vendus pour la première séance. Il a alors décidé de continuer, de se battre. Avec son équipe, comme une compagnie de théâtre, il est descendu dans la rue vendre des billets ; devant un salon du livre en bravant la police ; dans le cadre de rencontres et de débats dans les librairies, dans les lycées, dans les lieux où pouvaient se trouver des gens intéressés par l’Art. Ils ont ainsi pu vendre 300 places. Grâce aussi à la « compassion » des amis de la « troupe », ils ont pu donner une chance au film. Une salle de Taipei a ainsi pu afficher complet pendant 3 semaines.

À la question « Qu’est ce que le cinéma ? » Tsai répond :

« C’est l’outil que Dieu nous a donné pour que nous puissions enfin nous regarder nous-mêmes. Les acteurs sont les visages que Dieu voulait nous donner à voir. »

Tsai a choisi de montrer deux films :

Moonlight on the River, un court métrage, une lettre-cadeau à Simon Field, ex directeur du festival de Rotterdam. « Avec Lee Kang-sheng, on était parti sur une rivière (décors de mon précédent film), asséchée depuis. Moonlight on the River est une chanson de la mystérieuse Li Xiang Lan, chanteuse très populaire des années 60, qui passe aujourd’hui sa retraite au Japon. »

Et un long essai-performance des deux comédiens Chen Shiang-chyi et Lee Kang-sheng, dans une île près de Taiwan, dans un bunker décrépi et humide. Tsai s’explique sur ce morceau de bravoure où l’on observe longuement les visages des acteurs dans l’obscurité et où la morve dégoulinante de Chen Shiang-chyi en train de pleurer a fait fuir plus d’un spectateur : « La morve, les toilettes, dans mes films, sont des éléments naturels, biologiques ; ils font partie de nous. Je demande à mes acteurs d’intégrer leur façon d’être et leur corps biologique, comme des cascadeurs. Je pratique un travail très particulier avec les acteurs. »