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WALTER HILL
Réalisateur
Entretien réalisé
le 18 novembre 2005, à Paris
Par Derek WOOLFENDEN
et Nicolaï MALDAVSKY
Remerciements à Pauline CALLANDREAU (traduction)
et Elodie DUFOUR

La Cinémathèque française a rendu hommage à Walter Hill en décembre 2005. Cet hommage était précédé d’une rétrospective lors de la 23ème édition du festival de Turin en novembre 2005.

Coïncidence heureuse ou véritable reconnaissance européenne rendue au cinéaste et scénariste émérite américain ? Pourquoi un « coup de chapeau » au lieu d’une rétrospective ? Non seulement cet « hommage » témoigne des préférences d’esthète de la part des programmateurs, mais celui-ci prolonge l’incompréhension critique vis-à-vis de certains d’entre eux. Quand réhabiliterons-nous Johnny Belle Gueule, 48 heures de plus et Wild Bill pour ne citer qu’eux ? Et même malgré certaines faiblesses...Présenter Dernier Recours aurait été décisif pour faire témoigner, autrement que 48 heures (pour le film d’action contemporain), combien cet auteur « mineur » ( ?) préfigure une démarche formaliste, conceptuelle et minimale, entre The Killer de John Woo (1) et Sin City de Robert Rodriguez.

Rencontrer Walter Hill : l’occasion de revisiter une œuvre peut-être modeste, mais tranchante, nous rafraîchir la mémoire et mettre à nu certains malentendus.



WALTER HILL, LE DERNIER BAROUDEUR

Objectif Cinéma : Pouvez-vous nous parler de vos collaborations, en tant que scénariste, avec les cinéastes Sam Peckinpah ( Guet-apens , 1972), John Huston ( Le piège , 1973) et Stuart Rosenberg ( La Toile d’araignée , 1975) ?

Walter Hill :
Stuart Rosenberg, je ne l’ai jamais rencontré. J’ai eu un différend avec le producteur. Plusieurs autres scénaristes sont intervenus et ont réécrit le scénario, et Stuart Rosenberg l’a réalisé, il me semble qu’il a travaillé également sur le scénario. L’écriture d’une version du scénario m’a permis d’avoir un certain poids. Avec John Huston, on a travaillé ensemble... C’était autour de 1971 et 1972. On a fait un film ensemble assez faible, Le Piège (The Macintosh Man), qui s’intitulait The Freedom Trap à l’origine. Huston a réécrit en grande partie la deuxième moitié du scénario, je me suis occupé principalement de la première moitié. Cela m’a plu de travailler avec Huston, on s’est bien amusé, il était de bonne compagnie. Superbes histoires, grand conteur. Ce n’était pourtant pas une période heureuse pour lui. Malheureux en mariage. Il n’était pas en bonne santé non plus. Il souffrait déjà de l’emphysème qui est, vous le savez, une maladie terrible. Il s’est accroché pendant des années. L’emphysème a également tué ma mère... C’est une maladie terrible.


Objectif Cinéma : ... Et Sam Peckinpah ?

Walter Hill :
J’ai travaillé avec Huston juste après avoir travaillé avec Peckinpah. J’étais beaucoup plus proche de Peckinpah. J’ai travaillé une dizaine de semaines avec Peckinpah à réécrire Guet-apens... En fait, j’ai écrit le scénario avant qu’il n’arrive sur le projet. La seule chose que Peckinpah a changé c’est que nous sommes passés d’un film d’époque à un film contemporain. Mais on a plutôt « bourlingué » ! On a amélioré les scènes d’action, peaufiné les dialogues. C’était quelqu’un de très occupé à l’époque. Il terminait Chiens de paille et venait de clore le tournage de Junior Bonner. J’étais en sa présence... plusieurs heures chaque jour... Je lui suis extrêmement redevable. J’ai une très grosse dette envers Peckinpah pour la simple raison que le succès de ce film, Guet-Apens, m’a permis de devenir réalisateur. On a peut-être pas été des amis très proches, mais on est resté en très bons termes, jusqu’à sa mort. Il n’était pas toujours en bonne santé... On me pose plus de questions sur lui que sur toutes les autres personnes avec qui j’ai travaillé. Et pour une bonne raison, c’était peut-être l’individu le plus unique que j’ai rencontré. On me pose plus de questions sur Sam Peckinpah que sur Steve McQueen, Ry Cooder ou encore Eddie Murphy. On pense que Peckinpah était un homme très violent et l’on a souvent tendance à dire qui connaît l’homme connaît le film ou qui connaît le film connaît l’homme ! Quant on me parle de Peckinpah, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est un grand sens de l’humour, très sardonique. C’était bien de déjeuner avec lui, de boire un coup à la fin de la journée. Et j’ai eu de la chance que nos chemins se croisent et... comme je l’ai dit auparavant, je lui suis redevable. Le film a bien marché. Et je pense que c’est un sacré bon film.