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BE WITH ME
d’Eric Khoo
Par Matthieu CHEREAU

SYNOPSIS : Un vieux commerçant, un gardien d’immeuble, deux adolescentes, une femme aveugle et sourde depuis l’âge de 14 ans. Des personnes bien différentes mais qui caressent toutes un même rêve, celui de vivre avec l’être aimé. Au destin de jouer, en les unissant ou en les séparant.



LES VOIX FRAGILES DE LA SOLITUDE

Eric Khoo compose dans Be with me un cinéma subtil et intime, où l’histoire cède la place aux impressions fugaces mais récurrentes de quatre personnages solitaires. Une adolescente s’amourache gentiment pour une autre qui bientôt la délaisse à son plus grand malheur. Un gardien obèse se goinfre compulsivement et tente d’écrire à la jolie fille qu’il épie. Un vieil épicier meurtri par la perte de sa femme vit dans l’ombre de son fantôme. Un assistant social dévoué nous introduit à l’histoire vraie de Theresa Chan, une femme aveugle et sourde qui joue dans le film son propre rôle.

Le film s’élabore en deux temps autour de ces quelques personnages : ceux qui cherchent à aimer d’abord, à fusionner avec l’âme sœur ou seulement à déclarer leur flamme ; ceux qui ont aimé ensuite et n’ont plus pour eux que des souvenirs, les restes concrets ou fantomatiques de présences passées. Derrière cette quête active ou rétroactive d’amour se profilent les figures de la solitude et du manque, déjà très présentes dans le précédent film d’Eric Khoo, 12 Storeys (1997). Ce manque à aimer n’est que le symptôme visible d’un problème plus profond encore touchant la parole. S’interrogeant ainsi sur les termes du dicible, Eric Khoo nous convie à une expérience rare et précieuse, faite de paradoxes et d’épiphanies. Ici, les écrans de téléphone portable nous font croire à de la communication alors même qu’ils échouent à créer le moindre lien. Ils font paradoxalement écran, imposent une distance entre ceux qu’ils sont censés rapprocher. Là, l’indicible se prolonge dans un simple geste : les sanglots réprimés de l’épicier s’apaisent lorsque Theresa Chan l’étreint. Sans s’en donner l’air, Eric Khoo réinvente la manière qu’ont les personnages de se parler, et le cinéma de résonner.