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LA FORET OUBLIEE
de Kohei Oguri
Par Marion KLOTZ

SYNOPSIS : Une petite ville d’une région montagneuse. Lycéenne, Machi n’a pas encore trouvé sa voie. Un jour, elle s’amuse à inventer des histoires fantastiques avec ses copines : chacune à sa manière poursuit ces récits imaginaires qui tissent entre elles un lien invisible. Les adultes évoluent dans un monde parallèle : eux ont fait leur vie et sont plongés dans les réalités du quotidien. Adolescents et adultes semblent suivre côte à côte deux trajectoires qui ont peu de chances de se rencontrer. Et pourtant, des similitudes entre les deux parcours commencent à poindre. Un jour, une tempête provoque un terrible éboulement sur un terrain de criquet et découvre une forêt souterraine, que l’éruption d’un volcan a gardée intacte depuis des siècles. Peu à peu, réalité et imaginaire se rejoignent, passé et avenir se mêlent, esquissant bientôt un monde fantasmatique où tout devient possible...



PERDONS-NOUS DANS LES BOIS

S’il est une chose que l’occidental connaît du Japon, Kimono et sushi -que nous appelons gentiment folklore- exclus ; c’est bien cette tradition selon laquelle la famille se doit de vivre en compagnie des ancêtres jusqu’à ce que la mort les sépare. Origines attestées du syndrome Tanguy ? Cauchemar occidental ? Plutôt que fardeau, mission assignée aux jeunes générations en charge d’assurer la pérennité d’une mémoire collective et, aurait-on besoin de le rappeler, ancestrale. Oguri, n’est certes plus de première fraîcheur mais avec La Forêt oubliée s’affirme tenant d’une certaine tendance du cinéma japonais, militant du défrichage historique sur les voies de l’ellipse poétique. Pris dans les brumes de cette jungle nippone, tentons d’abord de baliser le parcours du novice égaré. Parcours qu’à l’ombre des mille paysages de l’oubli, le ton flottant de trois conteuses est censé éclairer. Cependant, méfions-nous du prologue à trois voix, amorce lunaire d’un film qui nous promène dans sa fable pour nous y perdre.

D’abord Oguri cadre large sur la pénombre d’une chambre, espace intime et atemporel, lieu d’élection d’une jeunesse mythique. Par un soir d’été gorgé d’odeurs de papaye verte, et de rosée, trois lycéennes imaginent le périple d’un chameau parcourant le lointain de leur japon natal ; dressent ainsi le portrait de l’étranger à la découverte du monde. Timidité, humidité du récit, parole vivante et candeur des mots hésitent pourtant sur les images d’une ville muette et sèche qui soulève sa lumière par vagues de poussière.

Ainsi, à la parole juvénile répondent les recadrages successifs sur la ville, ce japon urbain fouillé puis, par saynètes, abstrait. Ensuite les conteuses partent à la rencontre d’un monde adulte, alors engagées sur les voies de leur mutisme face aux aînés qui les voient à peine. Ces portraits d’abord contés sont ensuite tracés au rythme de l’errance ; empiètent - ils sur la fable devenant alors prétexte d’un périple à voir ?