Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

DVD

LA FEMME GUEPE

de Roger Corman
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Janice Starlin, ex-mannequin (sic !) devenue femme d’affaires, dirige une compagnie de produits de beauté. Pour faire face à la chute de 14% de ses ventes, elle cherche à lancer un nouveau composant mis au point par le Dr Zinthrop, un sérum à base d’enzymes de guêpes à la fois aphrodisiaque et régénérant...



D’après imdb, le premier film narratif traitant des guêpes date de 1911. Suivirent ceux d’Edward LeSaint (1914), B. Reeves Eason (1915), Lionel Belmore (1918) et Ivane Perestiani (1927). Mais, apparemment, c’est le personnage hybride, mi-humain, mi-insecte, de The Fly (1958) de Kurt Neumann qui a, disons, « inspiré » Roger Corman.

La proposition de Corman tient plus du téléfilm que du film, même réalisé avec peu de moyens : quelques bobineaux de pellicule en noir et blanc (la couleur coûtait relativement bonbon jusque dans les années 80), vraisemblablement du 16 mm de récupération en quantité limitée (de quoi tourner une seule prise par scène), gonflé par la suite aux hormones du 35 mm, sans compter bien sûr les acteurs les plus cheap du marché, qui sont en outre, mise à part peut-être la comédienne jouant l’infirmière, franchement pas beaux. On pourra regretter que le visage des unes ait été à ce point mal retapé par la chirurgie « esthétique » de l’époque, et que celui des autres ne l’ait pas été du tout.

Entre parenthèses, l’actrice fétiche de Corman, Susan Cabot, qui porte mal son nom, tant son jeu est, tout au contraire, parfaitement retenu, subtil, minimal, aura une fin poisseuse, puisque elle sera, ni plus ni moins, assassinée en 1986 par son propre nabot de fils. Aucun décor. Aucun costume. Aucun maquillage. Une musique morne (filant le bourdon) qui cherche à s’approcher du jazz et qui parvient à ne jamais swinguer. L’OVNI - au-delà du bien et du mal, de l’art ou du cochon, de la curiosité esthétique - dure ce que dure un épisode de la série qui a marqué des tâcherons comme Corman, mais pas seulement lui : The Twilight Zone, produite à partir de 1959 par Rod Sterling.

La Femme guêpe a été légèrement dilué, artificiellement rallongé d’un interminable prologue qui est en soi un documentaire entomologique sur l’apiculture, sur les questions que posent philosophes et astates ainsi que sur l’élevage des (belles paires) de sphex essaimant à tout vent. Docte doco-pédago qui, plus est, se trompe, paraît-il, sur un point : ce sont les abeilles qui tuent leurs mâles, pas les guêpes. Comme de bien entendu, on subit force bourdonnements dans la bande-son. On nous détaille les délicates manipulations du rucher (de Monaco), les déplacements placides de cosmonautes en tenue virginale blanche, dégantés, pas déjantés, coiffés de gros postes de télé à voilette, tenant à la main des enfumoirs ressemblant à des encensoirs de popes. Le titre y incite : on peut rapprocher La Femme guêpe des tout premiers films surréalistes de Buñuel et Dali. La méthode, aussi, du pompage, plus ou moins intégral, plus ou moins évident, des films et de l’air du temps est aussi d’essence surréaliste puisque légitimée par la fameuse formule de Lautréamont : « Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique. »