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BERLIN

LES PARTICULES ELEMENTAIRES

d’Oskar Roehler
Par Nicolas VILLODRE


Le film d’Oskar Roehler, Elementarteilchen, adaptant le roman de Michel Houellebecq, Les Particules élémentaires et transposant l’action en Germanie, a été l’un des premiers événements cinématographiques de cette 56e Berlinale. La bonne surprise vient de l’excellente distribution composée de comédiens aguerris, ayant probablement fait leurs classes au théâtre - curieusement, c’est le plus inexpressif d’entre eux, Moritz Bleibtreu, qui a remporté le prix d’interprétation de ce festival. Ceux-ci n’ont rien de commun avec les stars et les starlettes hollywoodiens : ils ont de vraies tronches, comme dans la vie, n’ont pas les aspérités et légères difformités du visage lissées par la retouche de la seringue ou du bistouri - le père du héros principal, très curieusement, exerçait le métier de chirurgien plastique spécialisé dans les création de nouveaux nez, avant que sa clinique ne fasse faillite, faute de s’être reconvertie à temps dans le créneau porteur de l’élargissement de pénis.

L’auteur du roman semble s’être réincarné (ou stylisé) dans la peau des deux demi-frères - on a tous en mémoire le thème dumassien des frères corses -, l’un, tout ce qu’il y a de plus raisonnable, voire rationnel, à la pointe de la recherche en biologie (il s’occupe entre autres du clonage animal), obnubilé par son travail et resté puceau, l’autre, prof de littérature, foirant sa vie sentimentale, mal marié à une femme qui ne le fait plus bander, lesté d’un lardon braillard qui l’empêche d’écrire et qu’il tranquillise comme il peut en incorporant des barbituriques dans son biberon, fantasmant sur les petites lycéennes qui suivent ses cours, se distrayant à l’occasion de leur image une fois seul à la maison, se prenant des râteaux à chaque tentative de passage à l’acte, écrivant, qui plus est, des romans racistes que personne ne veut prendre le risque de publier (l’éditeur allemand explique à l’auteur que le IIIe Reich, c’est de l’histoire ancienne) et constatant sans doute un peu rapidement que « tous les grands écrivains étaient réactionnaires ».

Le film reprend certains des traits de l’humour noir du roman : le perroquet qui meurt brusquement au moment où le chercheur reçoit l’avis d’expulsion des ossements de sa grand-mère (la sépulture se trouvant à l’endroit précis du cimetière où on prévoit de faire passer une route), la grand-mère qui, par ailleurs, était morte de façon tragi-comique, ébouillantée par sa soupe, victime d’un faux-geste, le perroquet, aussitôt dit, aussitôt mort, jeté sans égards à la poubelle, la mère du héros qui est une hippie attardée dont le mode de vie, l’abandon éducatif ou parental, les mœurs sexuelles sont ridiculisés, le pauvre chat noir qui est massacré à coups de pierre pour avoir eu le tort d’avoir été témoin d’une branlette de l’adolescent désaxé, le petit-fils qui a droit à une cravate de notaire consentie par une femme à la poitrine généreuse le jour de l’enterrement de sa grand-mère, etc. Sans s’apesantir, il présente aussi quelques scènes assez gratinées en matière de pratiques sexuelles « affranchies », d’échangisme et de partouzes (de parties de cul élémentaires) dans des boîtes spécialisées.