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BERLIN

WUJI

de Chen Kaige
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Sur un champ de bataille, la petite Quincheng en quête de nourriture se trouve face à la déesse Manshen qui détient la carte du destin. Elle aide l’enfant, mais lui impose un pacte : "Tu seras adorée par les hommes les plus puissants, et leurs richesses seront à tes pieds. Mais tu n’obtiendras jamais l’amour vrai et si tu le rencontres, tu le perdras aussitôt." Devenue reine, Quincheng ne peut influer sur le cours de son destin qui la condamne à ne jamais vivre le véritable amour. Elle ne le reconnaît pas alors qu’il se présente sous les traits d’un ancien esclave, Kunlun. Il tentera de la délivrer de sa promesse car selon la prophétie de la déesse, "le destin ne peut être changé à moins que le temps n’inverse son cours, que la rivière coule vers sa source et que l’homme mort ne ressuscite." Mais, au pays des légendes et de l’amour éternel, tout est possible.



Promesse non tenue

Franchement dit, on est parti à un peu plus d’une bobine du film et on ne saura jamais si cela dégénère encore plus par la suite. Cette œuvrette chine-toc s’adresse à des décervelés amateurs d’Heroic Fantasies, c’est sans doute la raison pour laquelle elle a été co-produite par des capitaux américains. Rien de plus difficile que la poésie. Or, le cinéaste (ou plutôt le vidéaste, le film ayant été fait en HD, plus vraisemblablement en LD ou Low Definition) tente de faire dans le féérique, le conte pour enfants, la parabole grand public. On a droit aux clichés les plus kitsch (un peu comme ces pénibles défilés de masques du carnaval de Venise), à des personnages vaporeux, surnaturels, flottant sur l’eau, courant plus vite que leur ombre, dotés de pouvoirs magiques, luttant contre des spectres, aux maquillages les plus atroces (les acteurs feraient mieux d’aller de temps en temps chez le dentiste), etc.

Outre les nouilles, la poudre et sans doute le fil à couper le beurre, les Chinois ont inventé la torture, et ils n’hésitent pas à l’infliger aux spectateurs de leurs films. La Chine pop contemporaine se croit obligée de se lancer dans de mauvaises remakes de films hong-con-gais, taiwan-niais ou japon-niais, de samouraï, de kung-fu ou de karaté, mais d’une violence gratuite (premier degré), pas du tout distanciée, jamais mise en scène ou chorégraphiée, avec des histoires de rois et de princesses qui ne nous concernent pas, des guerriers démultipliés à l’infini grâce à des logiciels maison inspirés d’AfterEffects, des gels d’images à la Matrix réalisés avec de pâles piratages d’Avid, des ralentis mal-à-propos, toujours mal fichus, saccadés, des plans totalement flous, Joe Pass et des meilleurs. Les costumes flambant rouge et les armures brillantes donnent un bref moment le change. Cela ne suffit pas à notre bonheur.