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BERLIN

REQUIEM

de Hans Christian Schmid
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Elevée dans un milieu catholique et bourgeois, Michaela quitte la maison familiale pour partir suivre des études à Tübingen. La jeune fille goûte à cette liberté nouvelle, mais bientôt des phénomènes étranges se produisent. Elle a l’impression d’entendre des voix, et s’imagine bientôt qu’elle est possédée par des démons.



Une crise d’apnée juvénile

L’image a beaucoup de grain, comme s’il s’agissait de mauvais super 16 ou de vidéo gonflée en 35mm. La caméra, assez souvent à l’épaule, est gigotante - on se croit par moments dans un de ces épisodes déjà anciens de NYPD. L’action est rétro, à plusieurs titres. Elle est située dans les années 70 où les gens étaient habillés n’importe comment, de tergal moulant, de chemises cintrées, de pat’ d’ef, écoutaient la pire musique Rock de tous les temps, dansaient en solo. Le récit s’inspirerait de faits réels (comme le conseille Chabrol, méfions-nous de ces avis donnés en préambule des films, ils sont tous plus faux les uns que les autres), c’est-à-dire d’un authentique cas d’exorcisme (ce qui renvoie quasiment au Moyen-âge allemand et aussi au film L’Exorciste, réalisé en 1973 par William Friedkin) destiné à libérer une jeune fille d’une maladie incurable - il ne s’agit pas d’un psoriasis inoffensif comme dans L’Ivresse du pouvoir - , l’épilepsie. Le point de vue du réalisateur sur ces pratiques proto-catholiques n’est pas du tout critique, la question de la psychiatrie (ou de l’anti-psychiatrie) est esquivée, simplement du fait de la réticence de la jeune fille à aller se faire soigner chez un spécialiste. Les rites de possession (ou de dépossession) ne sont pourtant pas le fort d’une religion basée sur la répression, le refoulement, le non-dit. En empathie avec ces idées d’un autre âge, le réalisateur semble dans l’air du temps, air confiné, comme celui qu’on respire depuis une bonne dizaine d’années dans les vieux pays que sont devenus l’Amérique, l’Europe, la France, l’Allemagne.

Dans l’ensemble, le film est mis en scène avec efficacité ; il est, techniquement parlant, très bien agencé, sans temps morts, sans temps mornes, ce qui est plutôt rare s’agissant d’une co-production d’Arte. C’était prévisible : le prix d’interprétation de la Berlinale est revenu à la jeune comédienne qui campe le personnage désaxé, élément sur lequel repose en grande partie la réussite de Requiem. La jeune femme donne une impression de balourdise naturelle, archaïque en tout cas, avec la démarche saccadée qui est la sienne.