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BERLIN

L’IVRESSE
DU POUVOIR

de Claude Chabrol
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Jeanne Charmant Killman, juge d’instruction, est chargée de démêler une complexe affaire de concussion et de détournements de fonds mettant en cause le président d’un important groupe industriel. Elle s’aperçoit que plus elle avance dans ses investigations, plus son pouvoir s’acccroît. Mais au même moment, et pour les mêmes raisons, sa vie privée se fragilise. Deux questions essentielles vont bientôt se poser à elle : jusqu’où peut-elle augmenter ce pouvoir sans se heurter à un pouvoir plus grand encore ? Et jusqu’où la nature humaine peut-elle résister à l’ivresse du pouvoir ?



Isabelle eut-père

Comme cela a été dit lors de la conférence de presse qui a suivi la présentation, en première mondiale à Berlin, de ce film de Chabrol traitant de l’affaire Elf-Aquitaine, les noms peuvent parfois être prédestinés, déterminants pour ceux qui les portent : ainsi en est-il de la juge Charmant-Killman (alias Eva Joly, plus authentique, moins liftée qu’Angelina), jouée par Isabelle Huppert, qui est à la fois tueuse (mangeuse ?) d’hommes et doucereuse, son nom composé étant tempéré par le préfixe provenant du patronyme d’un mari bonasse, délaissé et mélancolique (joué en finesse par Robin Renucci) qui, comme le prince, se nomme Charmant. D’autres jeux sur les noms font les délices du réalisateur de l’Ancienne-Vague, Chabrol, qui ne rate pas d’occasion de rigoler : Alfred Sirven, qui a pris la fuite au soleil, s’appelle ainsi M. Delombre ; le nouveau PDG du groupe pétrolier s’appelle Sibaud et s’attire la remarque suivante de l’un des protagonistes : « n’exagérons pas. » Il est vrai que c’est l’incrédible Patrick Bruel qui « interprète » ce rôle. D’habitude, les chanteurs de variétoche à la française sont des comédiens tout ce qu’il y a de plus potables (c’est le cas de Charles Aznavour, Jacques Dutronc, Vanessa Paradis, je ne parle même pas de Maurice Chevalier dont le talent fut révélé par le génial Lubitsch, c’est le cas aussi de Florent Pagny, chanteur de daube à la Bruel mais acteur convenable : cf. par exemple Quand je vois le soleil, http://www.objectif-cinema.com/pointsdevue/0691.php).

Chabrol a réussi à caser presque toute sa famille dans le film. Un de ses mouflets place trois accords légèrement dissonants dans la bande-son et il est illico qualifié de compositeur de films, deux autres membres de la mafia chabrolienne sont au générique, dont un soi-disant comédien mal distribué, censé incarner le neveu d’Huppert - il donne plutôt l’impression d’en être le grand oncle.

Malicieusement, Chabrol reconnaît qu’il exerce un peu un métier de pute (la présence de Bruel dans le film, dont il escompte naïvement des retombées médiatiques, en est un indice) ; il n’hésite donc pas à signer son film après un plan où Berléand se déculotte littéralement (lors de la conférence de presse, le réalisateur a précisé avoir prêté un de ses caleçons personnels, j’allais dire, un de ses propres sous-vêtements, au comédien).