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PORK AND MILK
de Valérie Mréjen
Par Nicolas JOURNET

SYNOPSIS : Shlomi, Menahem Lang, Eliyahu, Hagaï, David, Michal, Noam, Menahem Katz, Gali et Tzachi sont juifs. Ils vivent en Israël. Ils ont tous reçu une éducation ultra-orthodoxe. Mais, à un moment de leur vie, ils ont choisi de s’éloigner du fanatisme religieux.



LOSING MY RELIGION

Il est des films qui tombent bien. Parfois par hasard. Mais souvent parce que leur réalisateur a su saisir l’air du temps. Et, avec Pork and Milk, en se coltinant le thème de la religion, on peut dire que Valérie Mréjen a mis dans le mille. Actuellement, en France, et plus largement dans le monde entier, il n’y a pas un débat télévisé ou un journal qui ne parle pas de ce thème, principalement à travers le prisme de l’islam. Les livres sur la question se multiplient. C’est devenu le sujet à la mode. Le sujet sur lequel il faut avoir un avis.

En allant en Israël, en faisant parler d’anciens ultra-orthodoxes juifs, en y mêlant quelques scènes de leur vie quotidienne, Valérie Mréjen a pour premier mérite de rappeler que, contrairement à ce que pensent certains intellectuels français, le fondamentalisme n’est pas que musulman. Il est inscrit dans toutes les religions monothéistes. Il est plus ou moins minoritaire en fonction des époques, du contexte géopolitique, et de bien d’autres choses encore. Mais il est là, démontrant dans son délire, dans son refus de l’autre, la face noire de croyances qui contiennent en leur sein, en leurs textes, des principes liberticides.

À travers sa galerie de portraits, Valérie Mréjen montre en effet combien la religion qu’elle soit juive, musulmane ou catholique n’est qu’une série d’interdits, de bornes, de limites, de corsets quand elle est appliquée au sens le plus strict. Face caméra, les ultra-orthodoxes repentis racontent comment le shabbat doit être respecté à la lettre, quitte à manger de la soupe froide faute de pouvoir utiliser l’électricité, comment le sexe est le tabou, quitte à couper les scènes de nudité dans les films passant dans la petite salle du kibboutz, comment il est interdit de regarder un arc-en-ciel, parce qu’il est censé annoncer le déluge.

Au départ, Valérie Mréjen avait réalisé une première vidéo de 12 minutes, intitulée Dieu, où elle demandait justement à ses interlocuteurs de narrer la transgression d’un de ces interdits. Ensuite, la réalisatrice a décidé d’augmenter la durée, de creuser plus profond son sujet. Mais il reste au final une part importante de ce travail d’origine. Dans le moyen métrage, les désormais laïcs s’attardent chacun à leur tour sur la manière dont ils se sont détachés du microcosme ultra-orthodoxe. Ils ont tous cherché une échappatoire, un moyen concret de sortir de leur prison idéologique. L’une est allée faire l’armée, un deuxième également, un autre est devenu acteur, un quatrième est passé derrière les fourneaux. Et pour les garçons, le geste sacrilège a consisté à se couper les fameuses papillotes, à se séparer de ces attributs capillaires qui font l’habit mais pas forcément le moine.