Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

DERRIERE LE MIROIR
de Nicholas Ray
Par Damien ZIEGLER

SYNOPSIS : Ed Avery mène une vie de famille traditionnelle avec sa femme, Lou (Barbara Rush), et son fils, Richie (Christopher Olsen). Son statut d’instituteur reste insuffisant pour nourrir le ménage, et il se voit contraint de prendre un second travail qui le mène au surmenage. Il tombe gravement malade, et la médecine le condamne à brève échéance sauf à se soumettre à un traitement novateur à base de cortisone. Le remède fonctionne, mais un autre mal s’installe, celui de la dépendance à de toujours plus fortes doses, et la personnalité d’Ed va en s’effritant.


ANALYSE

Derrière le miroir
se présente comme un film d’auteur caractéristique, privilégiant une réflexion approfondie sur un fait de société et toutes ses ramifications. Ici l’emploi normalement salvateur de la cortisone dérive en une addiction capable de détruire le sujet et sa famille. Nicholas Ray intellectualise son propos en prenant pour prétexte un médicament comme Billy Wilder avait pu le faire dans Le Poison à propos de l’alcool. Le discours des cinéastes possède une portée didactique comparable dans la mesure où il se construit largement sur une argumentation méthodique et scrupuleuse plus que sur un ressenti d’ordre proprement esthétique de la problématique. Elia Kazan incarne à l’extrême ce type de profil, lui qui est capable de susciter une émotion presque viscérale mais toujours basée sur une accumulation de faits purement intellectualisés (Un homme dans la foule).

Autrement dit Nicholas Ray n’appartient pas à cette catégorie d’auteur esthète cultivant une beauté parfaite pour supporter le propos, comme Albert Lewin dans Pandora, ni encore moins aux esthètes purs tels que Ford et Walsh, capables de remplacer des discours étalés sur plusieurs séquences par un plan magistral et définitif.

Esthétiquement Ray peut user et abuser d’un symbolisme plus ou moins riche de sens. Plutôt que de recourir à un jeu basé purement sur le cadre, Ray cherche à faire sens par le recours aux objets se trouvant dans le champ et le sens intrinsèque qui les accompagne sans même le recours à la mise en images , à commencer bien sûr par le miroir. James Mason s’y réfléchit souvent, et le spectateur peut au premier abord trouver l’idée fastidieuse tant le dessein de son emploi est évident dans un film traitant du psychisme et de ses troubles. Le reflet simple peut néanmoins s’enrichir de strates de sens plus fines pour l’étude de caractères. Le miroir brisé avec violence par l’épouse, geste qui inspire une attitude de repli et de panique contrastant avec la folle arrogance qui la précédait immédiatement, par exemple. On y voit ici croquée une attitude humaine typique, soit une conscience de soi basée sur aucun élément tangible autre que la pure vanité et qui est susceptible de disparaître de manière extrêmement soudaine par la simple intrusion d’un événement objectif tel qu’un bruit susceptible de renvoyer le sujet à sa nature véritable par l’humiliation. James Mason reste un instituteur dont la fiche de paie ne l’autorise à aucune extravagance qu’il croit pouvoir s’autoriser et rien ne lui permet d’adopter une attitude condescendante envers autrui.