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PERRY OGDEN
Réalisateur de Pavee Lackeen, La fille du voyage
Entretien réalisé
Par Nadia MEFLAH


Pavee Lackeen, l’enfant sauvage de notre temps

Objectif Cinéma : Pourquoi ce film maintenant ?

Perry Ogden :
C’est une longue histoire. A la fin des années quatre-vingt-dix, j’ai réalisé une série de photographies à Dublin avec des enfants. C’était des « poney kids », des enfants du voyage qui s’occupaient des poneys à l’abandon, dans un haras laissé à l’abandon. J’y allais aussi souvent que je le pouvais pour les photographier au travail, durant environ deux-trois ans, le premier dimanche du mois au matin. Certains de ses enfants étaient totalement dépourvus de toute nécessité vitale. Sans véritable réglementation quant à leur travail avec ces poneys. Des lois ont été mises en place pour leur destituer cette activité et ces chevaux, au motif qu’ils étaient mineurs. C’était une véritable discrimination à leur encontre car ils vivaient en dehors de la ville, considérés comme des parias. Ca été une grande histoire en Irlande. Ensuite, il y eut une exposition et j’ai vu ces enfants devenir des icônes, alors qu’en même temps ils étaient victimes de discriminations sociales...Mais bon, j’avais la possibilité de publier ce travail photographique et j’éprouvais l’absolu besoin d’entendre leur voix, leur images ne suffisaient plus, je devais faire un documentaire. Aussi durant plus d’un an, je suis parti à la recherche de ces enfants tout autour de Dublin et dans différentes banlieues. Je sortais mes photographies demandant à tout le monde « le connaissez-vous ? savez-vous il vit ? ». Certains avaient peur pensant que je venais réclamer les chevaux ! C’était une période magnifique pour moi. J’ai finalement retrouvé les enfants avec qui j’ai pu longuement discuter, toujours pour ce projet éditorial. Quand le livre est sorti, j’ai été contacté par une agence américaine qui m’a proposé une adaptation hollywoodienne pour un film. Je me suis posé la question si c’était vraiment ce que je voulais voir et faire. Où était l’intégrité ? Et en même temps, je me demandais si je voulais réellement réaliser ce film, si j’en étais capable. Au sujet des « poney kids » je sentais que j’en avais fait assez avec mon travail en tant que photographe, j’arrivais à un point de non-retour. En revanche, j’adorerais faire un film sur ces enfants marginalisés par la société. Quelle étaient leurs chances d’exister au regard de celle-ci, alors que l’unique chose -les chevaux - qui leur donnait à vivre leur avait été retirée ?

C’était l’unique question qui me préoccupait. Quelle était leur unique chance d’exister ? J’ai donc commencé à entamer ce travail pour faire un film. Et avec mon co-scénariste Mark Venner, de rencontres en rencontres, nous avons commencé à suivre certains enfants compromis dans des affaires judiciaires. Nous assistions aux audiences de ses jeunes à la cour de Justice de Dublin, écoutant leurs histoires. C’était très éprouvant, avec Mark nous réalisions le degré de gravité dans laquelle vivaient ces jeunes, pour la plupart des « travellers » (enfants de voyages).


Objectif Cinéma : C’est donc à partir de ces faits réels que vous avez écrit le scénario de votre film ?

Perry Ogden : Oui, c’est le début de notre histoire. Il faut savoir que certains des enfants étaient placés en jugement, non pas parce qu’ils avaient commis un délit mais parce qu’ils étaient menacés. Certains vivaient dans les rues, dormant dans des voitures abandonnées. Sans parents, ou dans des familles éclatées, cumulant des problèmes d’alcoolisme et de grande pauvreté. Et tous étaient des enfants de voyage. Après tout ce temps, nous en connaissions maintenant environ une vingtaine. J’avais suffisamment de matière pour raconter un récit. Surtout après avoir rencontré un enfant plus âgé que la plupart de ceux qui passaient devant le juge. Malgré sa situation difficile, sachant qu’il ne ressortirait pas libre, il racontait des histoires, avec cet esprit assez frondeur. Je n’ai jamais su la part de vérité du mensonge. Mais peu importe car ce qu’il racontait était une vraie performance. Ce gamin était fantastique je le trouvais parfait pour jouer le rôle dans le film.