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WERNER HERZOG
Réalisateur
Par Nicolas ONNO


Werner Herzog en quête de la « vérité extatique »

L’homme s’est rendu célèbre par ses tournages cataclysmiques dans la forêt amazonienne (Aguirre, La Colère de Dieu, Fitzcarraldo) et par ses duels épiques avec l’acteur Klaus Kinski, dont il a tenté de canaliser la folie destructrice. Dans son approche documentaire, dont le récent Grizzly Man est un parfait exemple, mais aussi dans ses films de fiction, le cinéaste allemand nourrit une véritable obsession pour cette révélation profonde, qui s’exprime « au-delà des faits ».



C’est un peu par hasard que Werner Herzog s’empare de l’histoire de Timothy Treadwell, un jeune illuminé qui a vécu au milieu des grizzlis, en Alaska, « pour tenter de prouver que les hommes et les ours pouvaient co-exister  » mais qui connut une fin atroce, dévoré, avec sa compagne, par ses (féroces) camarades de jeu. « Un acteur raté qui ferait paraître Klaus Kinski sain d’esprit. » A l’été 2004, le réalisateur se trouvait chez le producteur Erik Nelson, qui travaille avec National Geographic et Discovery Channel. Ayant perdu ses lunettes, Herzog s’était penché sur le bureau de celui-ci pour les retrouver, et était tombé sur un article à propos de la mort de Timothy Treadwell, qui trônait au-dessus de la masse de documents éparpillés. Nelson lui conseilla d’y jeter un œil. « En le lisant, j’ai tout de suite su que cet homme faisait partie intégrante de la famille de personnages qui sont dans mes films.  »

En découvrant le « matériel » et les films vidéo de Treadwell - une centaine d’heures de bande au total -, Herzog est estomaqué et décide de se les réapproprier afin de « peindre le portrait nuancé d’un homme aussi complexe qu’irrésistible, tout en explorant les relations ambiguës entre l’homme et la nature » [1]. Surnommé affectueusement « l’homme qui murmurait à l’oreille des ours » (« the bear whisperer »), Treadwell avait cependant, d’après les locaux, « franchi la ligne établie et respectée depuis des millénaires par les Indiens d’Alaska  ». C’est ce qui a fasciné, semble-t-il, le cinéaste. « Il était lui aussi un animal sauvage à sa manière.  » Mélangeant habilement la matière première héritée de Treadwell avec son propre travail d’investigation, le but ultime de l’entreprise est d’atteindre ce qu’il appelle la « vérité extatique », cette réalité « redéfinie » qui transcende les simples faits : «  C’est plus qu’une jouissance physique, expliquait cet infatigable marcheur à l’occasion de la sortie de Grizzly Man, plus que la liesse populaire (au sens d’explosion de joie quand son équipe marque un but) que vous ressentez et partagez avec d’autres spectateurs. L’extase de la vérité que vous pourriez trouver dans l’ascèse et le mysticisme des moines, par exemple. De toute façon, je ne veux pas la définir. Le terme “vérité extatique” exprime la recherche de la vérité au-delà des faits et bien plus profonde que les faits ; c’est quelque chose que je cherche et Grizzly Man en est un bon exemple [2]. »