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Rosa, de Blandine Lenoir. Une jeune maman trimballe son bébé à la recherche d’une nounou. De ville en ville, de famille en famille, de la vieille femme austère et inquiétante aux gitans peu encourageants. Entre deux rendez-vous, un tour en voiture. Le mécanisme est simple : de la sortie de l’appartement à la fermeture de la portière, une bande-son rock s’installe puis se coupe aussi sec ; du voyage en voiture jusqu’à la sortie du prochain appartement, aucun son non-diégétique. Et ainsi de suite, sans remous, sur un chemin défini et encadré. C’est un peu ça, le cinéma de Blandine Lenoir, ou tout du moins ses deux derniers courts-métrages. Mais alors que Dans tes rêves, malgré ses évidentes carences, faisait preuve d’une réelle inventivité dans les dialogues et d’un sens du montage, Rosa n’a rien à proposer. Pire, il recherche le rythme, la cadence et la ballade, mais ne trouve que la surenchère formelle (résidant justement dans une sobriété revendiquée mais jamais assumée) et l’enfermement dans des codes vains et répétitifs. Le cinéma de Blandine Lenoir semble donc progressivement se restreindre à cette quête de l’imagerie berceuse et schématisée, stigmatisée, à l’image de la majorité de la production cinématographique française d’aujourd’hui, quel que soit le format utilisé. Comme un itinéraire balisé.

Amal, de Benkirane Ali. Une jeune fille de douze ans vit dans la campagne marocaine avec sa famille. Tous les matins, elle doit faire plusieurs kilomètres à pied avec son petit frère pour se rendre à l’école. Et tous les matins, Amal marche le sourire aux lèvres. Son rêve, c’est de devenir médecin. Son maître le sait et lui offrira même un livre de sciences, pour qu’elle étudie le corps humain. Jusqu’au jour où Amal n’arpentera plus ce petit chemin qui mène à l’école, le sourire aux lèvres. Jusqu’au jour où ses parents auront décidé qu’elle a assez étudié, et qu’il est temps pour elle d’apprendre à s’occuper d’un foyer. Courte chronique désenchantée des destins fauchés par le régime des traditions, Amal aurait pu, en un clin d’œil, basculer dans le domaine de la dénonciation pure, sans autre objet que celui de pointer du doigt une injustice de plus. Il n’en est rien. Benkirane Ali s’impose au contraire comme un grand poète de la vidéo, et traite son sujet d’un point de vue très pudique, très discret, sans jamais tomber dans la démonstration didactique d’un propos simpliste. En témoignent plusieurs séquences, plusieurs plans à priori étrangers à la démarche dénonciatrice mais qui, après coup, lui procurent toute sa puissance, toute sa portée. Je pense à ce jeune enfant sur qui la caméra se pose quelques dizaines de secondes, pétrifié par sa maîtresse parce qu’il n’a pas appris sa leçon ; je pense au petit-frère d’Amal qui racontera à son meilleur ami, pendant plusieurs minutes et en plan fixe, le film qu’il a vu la veille ; et je pense à Amal qui se fait brosser les cheveux par sa mère, fière de montrer à sa famille qu’elle a de bonnes notes et qu’elle veut soigner les gens, le regard passionné et fascinant, qui bientôt dans le même plan se remplira progressivement de larmes, avant de perdre cette étincelle, cette étoile révélée filante. Et le soleil se couche, le crépuscule s’installe, le fils et le père sont à peine discernés dans l’obscurité, l’un supplie l’autre de laisser Amal étudier, tandis qu’ils sortent du champ. Et les plaintes continuent. Et le soleil se couche. Benkirane Ali, sans concession, filme le chaos. Dans son lit, elle souffle sur la bougie, et c’est le noir complet ; "bonne nuit", nous dit Amal.

Amour petite, de Victoria Cohen. Nina, huit ans, rentre de l’école. Sa mère est là, fragile, allongée sur le lit. C’est sa fille qui va devoir s’occuper d’elle et faire en sorte qu’elle ne manque de rien. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, et bientôt Nina ressentira une sorte de trouble affectif, de déséquilibre flagrant dans le fait qu’elle s’occupe de sa mère comme une mère s’occuperait de sa fille. Trouver refuge dans la nourriture, la voilà la solution ; au risque de sombrer dans la boulimie. Le film de Victoria Cohen s’impose donc comme la mise en image d’un mauvais manuel de psychologie, comme un spot de prévention qui, en plus d’être tout aussi caricatural, maladroit et vulgaire que le synopsis qui précède, n’a même pas le mérite d’esquisser une idée de cinéma. Nina subit un trouble effectif (bâclé en deux minutes), elle va se gaver de confiture et de chocolat ; cuts incessants, rythme frénétique, diminution du stock de nourriture, c’est la descente aux enfers, les prémisses d’une vie pétrie d’incertitudes, la source d’un malaise identitaire. Et pour enfoncer le clou, les traces de plus en plus visibles de chocolat autour de la bouche. Tout ça parce que le père est absent, d’ailleurs. On ne pourra pas dire que Victoria Cohen ne nous avait pas prévenus.