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LA VERSION FRANCAISE DE KING KONG

En 1931, l’apparition du doublage, technique nouvelle, suscite la critique du milieu bien pensant du cinéma français et d’une certaine presse. Paradoxalement, le comédien Jean Toulout, porte-parole de l’Union des Artistes, parle même du doublage comme « une besogne infamante » alors que quelques années plus tard, il en devient un des piliers !

Entre 1931 et 1935, les salaires des comédiens sont de l’ordre de 500 à 600 francs par cachet. La durée d’un doublage varie entre 10 et 25 jours, répétitions comprises : un gage de qualité !
En 1932, la synchronisation assure la subsistance de près de 4000 comédiens. Un rôle principal est alors payé 6000 francs.

Dans le documentaire « Vive l’Original » de François Porcile (La Sept, 1991), l’historien du cinéma Bernard Eisenchitz, pourtant hostile au doublage de manière générale, déclare que « la version française de King Kong a bénéficié d’un certain soin de finition dans le choix des comédiens, dans les effets de synchronisme, des efforts ont été faits dans la direction d’acteurs... King Kong est un doublage assez réussi, dirigé par un réalisateur de film, Jean de Limur, avec des comédiens assez connus. » En comparaison , il ajoute que « les films de Garbo doublés par Claude Marcy sont insupportables à écouter aujourd’hui ! » (ce dernier point de vue n’engage que lui et est tout à fait contestable, ndlr).

Il faut tout de même préciser que King Kong n’est pas sorti en VO à l’époque car il a été jugé trop puéril, pas assez digne pour les intellectuels ou les cinéphiles. De même, la censure a déclaré ce film dangereux pour les enfants et l’a donc interdit aux moins de 13 ans.

Le doublage a donc été dirigé par le réalisateur français Jean de Limur (1887-1976) dont le premier film The Letter est sorti aux USA en 1929 et a été distribué par la Paramount, avec Jeanne Eagels dans le rôle principal qui lui a permis d’obtenir l’Oscar de la meilleur actrice.

On doit aussi à ce metteur en scène Mon gosse de père (1930) avec Adolphe Menjou et Roger Tréville, film français, doublé en Anglais pour la sortie, en 1931, en Amérique sous le titre The Parisian.
Son dernier film, en 1945, est La grande Meute avec Aimé Clariond, Jacqueline Porel, Jacques Dumesnil et Camille Guérini.

Fort de son expérience des deux côtés de l’Atlantique, Jean de Limur était donc l’homme - de cinéma - rêvé pour la compagnie américaine RKO désireuse de faire doubler en français leur superproduction de 1933, leur « huitième merveille du monde » pour laquelle il s’est occupé de l’adaptation française et de la direction artistique.

Après avoir retenu les talents de l’écrivain Paul Brach pour les dialogues, Jean de Limur a pu établir son casting de comédiens français :

Jacqueline Hosptein (1905-1998) - une petite brune à la coupe de cheveux à la Louise Brooks - formée chez Dullin, est une comédienne de théâtre renommée qui, en ces années 30, est aussi une des premières « vedettes de la synchro ». Dans King Kong, elle prête sa voix à la blonde Fay Wray (il est possible qu’elle l’ait déjà doublée, l’année précédente, dans Les Chasses du comte Zaroff). On a notamment entendu Mlle Hopstein dans les doublages de Tessa (1933), Atlantic Hôtel (1933)...
Au cinéma, elle a joué dans Casanova de René Barberis en 1934 à L’Amour ou presque de Patrice Gautier en 1985.

Jean Clarens (1890-1967), prête sa voix à Robert Armstrong dans King Kong. Au générique de début du film, il est crédité « Clarance », sans doute par erreur. Il est, lui aussi, un habitué des plateaux de synchro de cette époque : Il a doublé, entre autres, Claude Rains dans Intelligence service (1935), Alan Mowbrey dans Désir (1936), Antonio Moreno dans La Bohémienne (1936)...
Au cinéma, on l’a vu notamment dans le Bossu (1934) dans lequel il joue le Duc de Nevers. Un de ses derniers films est Le Crime ne paie pas (1962) de Gérard Oury.