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ENE RAMMELD
Une star sous l’œil
de Moscou
Par Nicolas Villodre

Ené Rämmeld commence à faire du théâtre dès l’âge de sept ans à la Maison de la Culture de Türi, petite ville d’une des républiques de l’Union soviétique, l’Estonie. Son bac en poche, elle est engagée au théâtre de Viljandi où, en raison de son charme naturel et de la fraîcheur de sa jeunesse (d’après les photos de l’époque, elle est vraiment craquante), elle fait l’apprentissage du harcelèment de ses collègues hommes et de la jalousie de ses collègues femmes. Elle n’y donne pas de représentations mais y apprend beaucoup, du théâtre comme de la vie.



Puis elle retourne à la capitale, Tallinn, sa ville natale, où elle se présente au concours d’entrée au conservatoire d’art dramatique. Sur plusieurs centaines d’aspirants, elle fait partie des douze puis des six candidats pré-sélectionnés. Mais en voyant dans son dossier qu’elle a déjà été professionnelle à Vilanti, le directeur du conservatoire lui déclare : « Tu n’es plus vierge pour le théâtre ! »

Déçue par cet échec, Ené se réfugie dans le travail et est engagée comme comptable à l’imprimerie d’Etat. Un jour, elle reçoit un coup de téléphone : on la cherchait depuis plusieurs semaines pour la faire tourner dans un film...

Le premier rôle d’Ené au cinéma, dans le film Libahunt (1968) de Leida Laius, d’après August Kitzberg, la montre incarnant un personnage de femme en lutte contre la société, contre les gens, contre tout son village. On la considère comme un loup garou, thème central du film, qui fait aussi partie des traditions populaires et de la mythologie baltes. La réalisatrice a eu l’occasion de montrer son œuvre au festival de Minsk en URSS. Ce premier rôle au cinéma est un grand succès en Union soviétique et rend son interprète célèbre du jour au lendemain. Mais le rôle la marqua longtemps et elle eut du mal à s’en défaire. Encore aujourd’hui, dans les pays de l’Est, les gens l’associent à ce personnage de révoltée. Comme Marina Vlady (cf. http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=3677), Ené a la chance d’avoir été connue très tôt grâce à un film-culte, mais la malchance d’avoir été marquée de façon indélébile par ce premier rôle.

En 1970, la jeune femme se produit au théâtre, dirigée par le metteur en scène Evald Hermaküla, son aîné de cinq ans, qui s’intéressait aux recherches de Grotowski et de Peter Brook au moment où le théâtre estonien ne se référait qu’à Stanislavski ou à Brecht. Evald Hermaküle monte pour elle la pièce Le Jeu de Cendrillon - une transposition moderne du conte de Perrault -, écrite par P.E. Rummo, au Théâtre Vanemuine de Tartu. Hermaküla finira par se suicider, il y a quelques années de cela. « Presque tous mes amis artistes sont morts, moi-même, je l’ai échappé belle », rappelle Ené, le plus tranquillement du monde.