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V POUR VENDETTA
de James McTeigue
Par Nicolas JOURNET

SYNOPSIS : Londres, 21ème siècle. Un tyran dénommé Sutler domine le pays à l’aide d’une police politique retorse et de médias complices. Evey Hammond travaille à la télévision. Un soir, elle fait la rencontre d’un justicier étrange portant le masque du révolutionnaire du 17ème siècle, Guy Fawkes. Il se fait appeler « V ». Il a un plan. Il veut remettre la démocratie sur pied. Il va abattre le système en place.



IL SUFFIRA D’UN SIGNE

Les adaptations de comics se multiplient ces dernières années. Elles concernent bien sûr d’abord les œuvres commerciales, plutôt destinées aux adolescents, comme Spiderman, X-Men, Daredevil et consorts. Mais elles concernent également des œuvres plus ambitieuses, plus underground, comme Ghost World, American Splendor, From Hell, Sin City,... et donc V pour Vendetta. Voir adapter V pour Vendetta tient de l’hallucination pure tellement ce comics écrit par Alan Moore et illustré par David Lloyd est un brûlot, un cri, qui se lit d’une traite malgré sa pagination importante. Le récit est d’une force hallucinante, un vrai manifeste, pro-démocratique, anarchiste. Bref, tout ce qui devrait normalement faire fuir producteurs et autres studios hollywoodiens.

Pourtant, Joel Silver s’est adossé au projet. Lui qui est plutôt abonné aux films d’action ou d’horreur sans beaucoup de fond genre Die Hard ou Gothika. La Warner Bros a également apporté ses deniers. La raison de cet intérêt n’est pas artistique, mais mercantile. Elle tient en un nom divisé en deux entités : Wachowski. Avec Matrix, Andy et Larry se sont mis dans la poche le cinéma mondial, et en particulier Joel Silver, et la Warner, qui se sont consciencieusement remplis les poches et le compte en banque avec les aventures de Keanu/Neo. Pour V pour Vendetta, les deux frangins ont même pu se contenter d’écrire le scénario et de déléguer pour cause de fatigue post-trilogie la réalisation à leur assistant, James McTeigue.

Et le résultat est surprenant. Par sa qualité. Dans ce genre d’entreprise, le risque est toujours grand de totalement dénaturer l’œuvre de départ. Et bien, les Wachowski, qui s’étaient il faut bien le dire complètement plantés question écriture pour les deux derniers épisodes de Matrix, réalisent une adaptation quasi parfaite. La structure élaborée par Alan Moore est respectée. La complexité des personnages est bien restituée. Il faut dire que l’histoire conçue par Alan Moore était d’une ingéniosité diabolique, avec une progression dramatique d’une rare efficacité, et qu’il suffisait juste de transposer pour obtenir un scénario de qualité. Néanmoins, les quelques variations mises en place sont intelligentes, comme l’incorporation des images des récents attentats de Londres.

Comme l’écriture, la réalisation tient la route. McTeigue est un pubeux qui, pour son premier long-métrage, aurait très bien pu se vautrer dans une sorte de sous-Matrix. Mais ce n’est pas le cas. Dans certaines scènes, comme celle du combat final avec les membres de la police secrète, le novice en fait des tonnes, comme pour ne pas décevoir les fans des Wachowsky venus voir les séquences « bullet time » qu’ils aiment tant. Pour certains plans, comme la vue de plafond de la cellule d’Evey, il se montre peu original, peu inspiré. Cependant, globalement, McTeigue fait dans la retenue. Le cadre est posé. Les mouvements de caméra sont fluides. Sans être impressionnant, McTeigue arrive à faire passer les émotions, notamment à donner au masque de V une véritable vie, en le gardant figé dans une expression rieuse, contrairement au comics dans lequel le masque se déformait de temps à autre pour traduire les sentiments du mystérieux justicier. Et finalement, c’est bien tout ce qu’on lui demandait.