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FILMS A SCENARIOS,
FILMS A HISTOIRES ?

Les questions du scénario ou les scénarios en question
Par Jean-Michel BERTRAND

M’appliquer à des images insignifiantes (non signifiantes).
Robert Bresson



Dans son ultime recueil , Serge Daney, soucieux de poser quelques principes esthétiques permettant de légitimer le cinéma qu’il aimait, esquissait une distinction entre « films à scénarios » et « films à histoire ». C’est cette distinction et ses enjeux esthétiques et cinématographiques que je me propose de réfléchir et de préciser, en insistant d’entrée de jeu sur les multiples acceptions du terme scénario.
Il convient, en effet, de différencier le document écrit qui, en amont du film, donnera lieu au découpage et ce que l’on appelle plus couramment le scénario tel qu’il apparaît au spectateur dans le mouvement de la vision. Il s’agit alors tout simplement de l’histoire racontée, de son mode de récit et d’exposition. Ces deux acceptions renvoient évidemment à des réalités fort différentes, mais qui ne sont pas cependant sans rapports.

Les films construits autour de scénarios fonctionnent selon une dynamique qui privilégie une progression stricte du récit, un ensemble d’enchaînements rigoureux que n’ont pas toujours les films à histoires susceptibles de faire place à un temps et à des images expressives. En se plaçant du seul point de vue de la réception, ce qui se joue dans le procès d’émergence du film est donc visible, perceptible et donne lieu à des films de nature et de « style » très divers. Autant le dire d’emblée, j’ai, comme Daney, une prédilection (non exclusive évidemment) pour les films à histoire, ou du moins pour un cinéma qui ne se résume pas à la mise en image d’une histoire et prend la mesure de la différence entre un récit littéraire et les possibilités du récit cinématographique (matière filmique, jeux sur le cadre, son et montage).

Aussi, serai-je ici de parti pris, c’est-à-dire désireux de forcer l’écart entre l’histoire racontée et les puissances de l’image-mouvement.

Mon parti pris tient son point de départ dans une double colère : une colère contre la place que joue actuellement l’étape du scénario dans le montage des films. C’est en effet sur la qualité supposée du scénario (associée à l’éventuel casting) et donc sur le seul critère de l’écrit que se prennent, trop souvent, les premières décisions de financement et de production d’un film. On voit bien quelles représentations du cinéma sous-tendent et véhiculent une telle pratique : un film ne serait que la traduction, la mise en image, la réalisation plus ou moins réussie d’un texte écrit, supposé donner satisfaction à un public désireux qu’on lui raconte des histoires. Montage économique donc, contre montage (et monstration) cinématographique : je ne contre argumenterai pas cette conception dont les faiblesses sont par trop évidentes. Il importe de rappeler que la dimension narrative d’un film dérive aussi de la forme issue du montage actif, c’est-à-dire que la narration telle qu’elle existe dans les grands films narratifs, est elle-même une donnée apparente de l’image, de telle sorte que c’est de la composition organique des images-mouvements que s’ensuit la narration.