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LES BANDES DU SOUS-SOL #8
Let’s Dance

Praise you de Fatboy Slim
Réalisé par Spike Jonze
(et Roman Coppola)
Par Stéphane KAHN


Il va de soi que "ça danse" dans le clip. Pour le meilleur et pour le pire. Trop souvent, les clips se résument à une prestation en play-back accompagnée par les mouvements mécaniques de danseurs ou danseuses dont l’art se trouve ravalé au rang de papier peint pour vidéos en mal d’inspiration. Pour de mauvaises raisons, la danse s’apparente alors à un filet de sécurité, l’agitation chorégraphique donnant l’impression qu’il se passe quelque chose dans le plan, apportant une plus-value athlétique, quoi qu’il arrive, que la chanson soit bonne ou médiocre...

Des comédies musicales révolutionnaires de Michael Jackson (Thriller, Bad) aux automates animés par Michel Gondry (Around the World pour Daft Punk) en passant par les chorégraphies des Britney, Christina, Kylie et consorts, il semblerait que la mise en images d’une chanson "dansante" ne puisse se passer de son pendant gymnique. Mais, pour un Michael Jackson réellement inventif, combien d’interprètes pour qui la danse, la performance physique, l’obligatoire chorégraphie, viennent masquer pauvreté musicale ou absence d’imagination ? Il en va du clip comme de la scène, où la scénographie, le déploiement de moyens, d’écrans, d’artifices et d’effets pyrotechniques, viennent souvent masquer la vacuité du spectacle.

Débauche d’émissions dites "de variétés" où s’agitent danseurs et danseuses venant artificiellement dynamiser une chanson. Montages frénétiques venant morceler le corps des danseurs et niant leurs mouvements, leur inscription dans l’espace. Face à cette pénible standardisation chorégraphique, Around the World, le clip de Michel Gondry pour Daft Punk, en 1997, prenait un sens tout particulier. Les danseurs - déguisés en robots, en squelettes, en momies, etc. - y étaient réduits au rang d’automates mus par les pulsations d’une musique synthétique renvoyant la chorégraphie à son statut automatique, préformaté. Chaque groupe symbolisait visuellement les instruments utilisés au moment où ceux-ci se manifestaient. Les uns pour les basses, d’autres pour la batterie, pour les guitares, pour les voix vocoderisées, etc. Dans ce clip, l’usage du plan séquence et du plan large permettait d’appréhender spatialement la musique, de donner un équivalent visuel aux différentes pistes utilisées par la table de mixage (tout comme Star Guitar construirait, quatre ans plus tard, un paysage purement musical dont l’architecture obéirait exclusivement aux variations rythmique du morceau des Chemical Brothers). Pour Gondry, la danse a ainsi à voir avec la scène et le plan-séquence : "La danse dans les clips, c’est un mensonge. Une chorégraphie se voit comme un opéra, en un plan large. On ne regarde pas une chorégraphie pour voir le visage du danseur, ses expressions (...). Le travail des chorégraphes contemporains est passionnant : c’est de l’architecture en mouvement, on construit des formes avec des corps humains, on les fait évoluer... Je n’aime pas les choses où l’on sort ses tripes. Je n’ai pas envie d’être exposé à tout un flot d’émotions. Je préfère que l’émotion vienne de moi, quand je suis devant quelque chose qui est complètement unique et dont je suis le témoin. Donc, les clips à la Janet Jackson ou à la Paula Abdul ne m’intéressent pas, il y a trop de gros plans et un montage trop rapide. Pour ma part, je souhaitais ouvrir le cadre et filmer des chorégraphies qui, comme celle pour Daft Punk, fonctionnaient en un seul plan" (Bref n°60).

Pourtant, une question se pose. Qu’un disque provoque l’envie de danser ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais un clip nous transmet-il cette envie ? Bref, peut-on danser dans la télé et danser devant sa télé ? Rien de commun (à part chez des enfants singeant des chorégraphies vues à la télé) entre la danse telle qu’on peut l’appréhender individuellement et les chorégraphies subies à longueur de clips. Pour danser chez soi ou dans une fête, il suffit d’un disque, d’une platine, d’un baladeur numérique. Pas besoin du stimulus visuel de danseurs professionnels (pour nous dire ce qu’il faut faire ou qu’il est temps de danser).