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WASSUP ROCKERS
de Larry Clark
Par Cécile GIRAUD

SYNOPSIS : Pour sortir du quotidien de leur ghetto du South Central de Los Angeles, un groupe de jeunes latino-américains, fans de punk-rock, opte pour aller skater le fameux "nine stairs" de Beverly Hills. Là-bas, ils se lient à des jeunes filles de riches familles et suscitent la jalousie. Leur présence détonne très vite dans le paysage local.



POINT DE VUE

« Mon travail c’est de l’observation sociale ». Cette citation de Larry Clark est mise en exergue et en gras dans le dossier de presse de son cinquième film, Wassup Rockers. Cette revendication sociologique est inséparable de l’aspect documentaire qu’il réfute pourtant (« Je me suis dit que quelqu’un devrait en faire un documentaire, mais moi, je n’en fais pas »), et qui est bien présente dans la première séquence du film, avant de glisser peu à peu vers la fiction. On y découvre une interview de Jonathan par le réalisateur, avant le début du tournage. Il y raconte des anecdotes, parle de ses potes, de leur vie, entre naturel et intimidation. Jonathan s’appelle Jonathan, Milton est Milton, Eddie est Eddie, mais les filles portent de prénoms différents, tout comme les adultes et autres personnages secondaires. Les rockers de Larry Clark sont des morceaux de réalité dans une sphère fictionnelle, c’est ça, l’aspect sociologique et pas documentaire.

Comme dans ses autres films, il est question de l’adolescence, de rébellion, de violence, mais tout cela s’est légèrement décalé. C’est à se demander si Larry Clark, à force d’y aller dans la représentation des corps dans tous leurs états (sexe, violence...), jusqu’à saturation, ne se serait pas assagi, aux vues de ces jeunes mecs, à la vie certes pas facile, mais d’une fraîcheur et d’une presque insouciance (aux vues des films précédents) qui font d’eux de véritables personnages de fiction.

Alors que Clark s’efforçait de pointer la jeunesse comme définitivement en perdition, sans plus aucun repère moral (c’était la faute de la société), il s’attache cette fois un peu plus à l’individu, et non au groupe qu’il représente. Chaque groupe social n’est pas pour autant épargné, en particulier les bourgeois de Beverly Hills, avec leurs fontaines, leurs frigos américains et leurs soirées à thème. Ce qui est étonnant dans Wassup Rockers, c’est le côté léger, voire burlesque qui est insufflé aux personnages et aux rebondissements. On rigole pas mal, et pas seulement du ridicule des bourgeois, mais aussi de ces ados qui paradent, du jeu qui s’installe entre les filles et les mecs, de leur fierté à venir du ghetto.