Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

TWIN PEAKS : FIRE WALK WITH ME
Humbles propos
Par Gérald VON SECULA



- Dis, t’en penses quoi du film twin peaks ?
- Personnellement, je trouve ça très beau.
- Ah ?! Tu n’aimes donc pas la série ?
- ???????????

Cela me parait curieux. La série Twin Peaks a ses fanatiques qui, pour certains, fonctionnent à la tisane nostalgique, au sacro-saint ’vague souvenir’. Pour eux, le film (le prequel) serait une misérable petite chose, un caprice auteuriste, pire : un souhait de se faire du fric (nos "amis" oublient sur ce point un petit détail qui n’en est pas un : malgré son aspect culte et son succès, c’était pas non plus Dallas niveau audience). Idées qui ont fait leur chemin et ont encrassé nombre d’esprits obtus depuis sa sortie en 1992.

Mais, me direz-vous, c’était y’a quand même quinze ans. Vous exagérez maître Von Sécula, une argumentation si peu convaincante de la part des admirateurs de la série (dont je suis pourtant, je tiens à le préciser) ne peut avoir court de nos jours. Le temps, parfois, aidant à corriger ses erreurs de jugements !

... et bien... non !

La série, certes, est inventive et puissamment addictive (du moins en ce qui concerne les 16 premiers épisodes) ; ce qui correspond à (messieurs les radicaux, vous m’excuserez cette approximation) une dizaine d’heures de diffusion... Le film, parce qu’il n’en compte que 2, ce devrait être de la chiotte ?! Ben, oui, si il a fait une série le Lynch, c’est pas pour rien ! Là, il avait vraiment le format adéquat pour développer ses personnages (je n’ose pas rétorquer que le développement de personnages est le principe même d’une série TV et que, par conséquent, ils ne devraient plus voir de films, trop courts, trop limités). Mais le truc qu’on oublie, là, en assénant ce soi-disant irréfutable constat, c’est que David Lynch a déjà accompli ce travail à la télévision et que dans son long-métrage, la chose qui l’intéresse par dessus tout est la dévotion qu’il voue au personnage le plus important (le plus fantomatique aussi) de "l’univers Twin Peaks" : Laura Palmer.

Ce monde fictif, Lynch n’a, selon moi, tout simplement pas eu envie de l’abandonner ; peut-être par frustration après que la série lui ait glissé des mains, je n’en sais foutre rien. Peut-être également et plus probablement, mû par ce qui doit animer un artiste digne de ce nom : le désir. Son désir, à ce moment, fut celui de créer un chant funèbre, un monument aux morts, un poème élégiaque, un cri d’amour à son invention : Laura.

Twin Peaks : Fire Walk With Me est le brouillon magnifique de toute l’oeuvre à venir, une sorte de ce que j’appellerais un film-limite : foutraque, malade...et beau, et incroyablement cohérent (dans l’acception Lynchéenne du terme). Ce n’est, et je parle encore une fois selon mon propre avis, ni un long ni un classieux épisode de la série, encore moins une inutile synthèse des obsessions évoquées dans celle-ci, mais un bloc de démence, de sensualité, d’émotion pure... bref, de cinéma ; et le cinéma n’est il pas ici, finalement, la seule question qui nous importe ?