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MEMOIRES
D’UNE GEISHA

de Rob Marshall
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : En 1929, Chiyo, une fillette issue d’un misérable village de pêcheurs du Japon, est vendue par son père à une okiya, une maison close de l’hanamachi, quartier des plaisirs de Kyoto, où règne la geisha Hatsumoto...



Le spectateur occidental moyen aura du mal à gober qu’on puisse finasser de nos jours, en 2006, sur ces distinctions sans fin entre diverses catégories de femmes : l’épouse, la concubine, l’esclave, la prostituée (qui couche avec des hommes moyennant rétribution), la geisha (qui couche avec un seul, et encore ? pourvu qu’il l’entretienne), la courtisane, l’artiste (la geisha étant présentée comme une œuvre d’art vivante, une performeuse), la danseuse.

Par ailleurs, s’en prendre aux geishas, donc aux traditions, s’ingérer dans les us et coutumes (extrêmes) orientales, n’est-ce pas, vis-à-vis du Japon, un affront plus grand encore que celui qui consiste, plus pour des motivations économiques, de box-office, que pour des raisons, disons, impérialistes, à faire jouer le rôle de trois japonaises par des actrices, Zhang Ziyi, Gong Li, Michelle Yeoh, originaires du pays-ennemi-héréditaire, la Chine ? Paradoxalement, cette spécificité du film a plus choqué la prude Chine contemporaine que le pays du soleil levant. Nous, nous n’allons pas chinoiser.

Rob Marshall, le réalisateur du très moyen Chicago (2002) que plomba la dindonnante Renée Zellweger, est parvenu cette fois-ci à adapter avec brio le best-seller d’Arthur Golden, Mémoires d’une geisha dont voici le boniment : en 1929, Chiyo, une fillette issue d’un misérable village de pêcheurs du Japon, Yoroido, est vendue par son père à une okiya, une maison close huppée de l’hanamachi, quartier des plaisirs de Kyoto, où règne la geisha Hatsumoto (Gong Li). On note au passage une scène invraisemblable à ce moment-là de la narration, celle de la fillette à l’état brut de décoffrage et donc probablement analphabète cherchant à retrouver sa sœur en lisant son nom inscrit sur la liste des élèves de l’école... Une ellipse cinématographique plus tard, la fillette croise brièvement le Chairman, le président d’une importante compagnie d’électricité d’Osaka, qui lui offre une glace en lui demandant de sourire à la vie ; la prépubère tombe immédiatement amoureuse de cet adulte élégant et bienveillant. Le thème de l’amour fou, romantique (un des personnages cite un poème-palimpseste ayant pour titre "La Perte"), surréaliste (la jeune fille a des yeux d’eau, le regard de pluie, glauque de couleur, ce qui a imposé le port de lentilles de contact à la comédienne) et impossible par nature, se double ici d’une attirance de nature pédophilique d’un adulte pour une enfant (gérontophilique, dans le sens inverse), amour que la morale réprouve et que le récit réussit à différer jusqu’à la conclusion du mélodrame, lorsque les deux partenaires sont enfin adultes et consentants.