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DVD

L’ILE DES MORTS

de Mark Robson
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : 1912. En pleine guerre des Balkans, le général Nikolas Phéridès (Boris Karloff) quitte son régiment pour se rendre sur la tombe de sa femme, située sur une petite île grecque. Avec son ami le correspondant de guerre Oliver Davis (Marc Cramer), Phéridès se retrouve coincé sur l’île où sévit une épidémie de peste. Alors que commence l’hécatombe parmi les prisonniers de l’île en quarantaine, Madame Kyra (Helen Thimig), une vieille native superstitieuse, convainc petit à petit Phéridès que la belle Thea (Ellen Drew) ne serait autre qu’un Vorvolaka, sorte de démon-vampire qui sape l’énergie des vivants. Davis, qui est épris de la jeune femme, s’efforce d’empêcher que Phéridès ne lui fasse du mal.



DE LA PEINTURE AU CINEMA

A partir de 1942, le studio RKO assigna à Val Newton (1904-1951) la mission de produire des films d’horreur à petit budget. Newton eût ainsi l’occasion de collaborer trois fois avec l’acteur Boris Karloff (1887-1969), fameux pour son rôle de monstre dans Frankenstein (James Whale, 1931). Alors que Le Récupérateur de Cadavres / The Body Snatcher (1945), réalisé par Robert Wise (1914-2005) adaptât un roman de Robert Louis Stevenson (1850-1894), la source d’inspiration des deux autres films, tous deux dirigés par Mark Robson (1913-1978), fut plus singulière. En effet, Bedlam (1946) prit pour modèle La Carrière du Roué / A Rake’s Progress, une série de gravures de l’artiste William Hogarth (1697-1764), tandis que L’Ile des Morts / Isle of the Dead (1945), un tableau éponyme d’ Arnold Böcklin (1827-1901). Val Newton aimait tellement le tableau de Böcklin qu’on l’apercevait sur un mur dans une autre de ses précédentes productions : Vaudou / I Walked With a Zombie (1943) de Jacques Tourneur (1904-1977). Dans L’Ile des Morts, ledit tableau est reconstitué en trois dimensions pour devenir le décor du film. Toutefois, on ne se rend compte de la similitude qu’un bref instant, au tout début, lorsqu’à l’image, le film reproduit par une vue d’ensemble la composition du tableau pour une unique fois.


Une île mortelle...

Val Newton était persuadé que l’horreur était plus efficace suggérée que montrée, conviction partagée par le cinéaste Jacques Tourneur lors de son cycle de films réalisés pour le compte du producteur : La Féline / Cat People (1942), Vaudou / I Walked With a Zombie (1943), et The Leopard Man (1943). Malheureusement, Mark Robson n’a pas le talent de Jacques Tourneur pour présenter une atmosphère pesante nimbée de surnaturel ; L’Ile des Morts se contente d’être un huis-clos bavard, qui paraît interminable avec son rythme torpide, nonobstant sa durée très courte (71 minutes). Réflexion sur l’appréhension de la mort, l’œuvre a pour comble de susciter un ennui assez... mortel. Alors que les protagonistes semblent tous sous sédatifs, Boris Karloff se distingue néanmoins en composant un militaire grec assez antipathique qui sombre peu à peu dans la paranoïa. Le général Phéridès se met à croire dur comme fer que ce qui décime les infortunés coincés sur l’île n’est point la peste, mais un Vorvolaka, un démon lupin envoyé sur terre par les Dieux pour punir les hommes de leurs pêchés, ayant pris la forme d’une jeune servante d’aspect innocent. Phéridès se voit comme un chien de garde et des inserts d’une sculpture dans l’île, représentant Cerbère, le chien à trois têtes gardant la porte des Enfers, suggère tout au long du film la parenté du militaire avec la créature issue de la mythologie grecque. A cette différence près que Phéridès n’a qu’une seule tête qu’il ne surchauffe pas en réfléchissant le moins possible !