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KHALIL JOREIGE
Co-réalisateur
du film A Perfect Day
Entretien réalisé
en avril 2006
à l’ABC Cahors
par Nicolas REYBOUBET

"Il faut accepter d’être hanté pour pouvoir continuer à vivre" . Voilà une phrase qui met bien en lumière le travail de ce couple de réalisateur Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, dont le dernier film A Perfect Day est traversé par la thématique de la disparition.

Nous avons rencontré Kalil Joreige lors d’un de ses voyages en province pour présenter son film.



Objectif Cinéma : Quel a été votre parcours ? Comment en êtes-vous venu au cinéma ?

Kalil Joreige : En fait, je ne suis pas né en voulant faire du cinéma. J’y suis venu sur le tard. Nous avons commencé, Joana et moi, en tant que plasticiens, à faire des installations photo ou vidéo. Photo d’abord, puis vidéo. Le cinéma est venu par accident. Nous n’avons pas fait d’école de cinéma.

Lorsqu’on a commencé, on travaillait sur des représentations de la ville, de la guerre et de la mémoire au Liban. On a toujours travaillé sur les possibles relations entre images et textes. En 1997 après avoir fait une très grosse expo on a développé un autre projet qui devait être aussi à l’origine une réflexion sur la mémoire et sur la place de la "ruine". C’était un travail entre textes et images qui petit à petit a commencé à prendre la forme de quelque chose qui n’était pas encore vraiment un scénario, une amie nous a conseillé de l’envoyer a un concours de scénario.. que nous avons gagnés. De fil en aiguille on en a fait un scénario. Ce rapport entre arts plastiques et cinéma continue jusqu’à aujourd’hui dans notre travail. On travail aussi bien dans les deux. Il n’y a pas de séparation définie.

Par contre lorsque nous avons su que nous allions faire notre premier long métrage, quelques chose d’assez ambitieux en termes de production puisqu’il fallait construire des décors et que c’était un film chorale avec 23 rôles principaux, nous n’étions jamais allés sur un tournage, nous ne savions pas ce qu’était un tournage, nous sommes allés faire un stage aux États-Unis.


Objectif Cinéma : Et à cette époque vous étiez encadrés par un producteur ?

Kalil Joreige : Il y avait un producteur, mais c’est en cherchant un producteur exécutif pour ce premier long métrage que nous avons trouvé notre producteur. Le producteur de toutes nos fictions : deux longs et un court. Et c’est avec une autre boîte que nous avons fait deux essais documentaires.


Objectif Cinéma : J’ai vu des extraits d’un de vos documentaires qui parlait de détenus...

Kalil Joreige : Les détenus de Khiam. Le Sud du Liban était occupé par Israël, et il y avait une milice supplétive qui avait ouvert un camp. Le camp de Khiam, la ville de Khiam. Les personnes qui entraient ici n’étaient pas jugées. Quand elles rentraient, elles ne savaient pas pour combien de temps elles restaient. Nous on avait travaillé en tant que citoyen pour le démantèlement de ce camp. A travers notre travail au sein d’une association pour la libération des prisonniers du camps de Khiam, on a commencé à savoir comment ces gens ont vécus. On s’est intéressé à six d’entre eux, qui pour la plupart étaient communistes et qui ont passés entre 6 et 10 ans dans ce camp... mais sans rien. Par exemple un des détenu a passé 6 ans dans une cellule de 1m sur 1,50m. Sans être jugé.