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CARMEN
de Mark Dornford-May
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Sur un opéra mondialement célèbre, celui de Georges Bizet, Carmen de Mark Dornford-May transpose les amours légendaires de Carmen et de Don José dans un township d’Afrique du Sud d’aujourd’hui. L’histoire de cette femme (Carmen) tire une grande partie de sa popularité de la combinaison d’une histoire de gangster violente avec une love story passionnée, quasiment surnaturelle. Chemin faisant, elle explore les effets de la célébrité et de la fortune, l’attitude d’une femme forte et indépendante dans une société très machiste. Et, qui plus est, l’attraction incompréhensible entre une victime et son bourreau.



POINT DE VUE

On avait déjà vu des films entièrement interprétés par des acteurs noirs (cf. Stormy Weather). On avait déjà vu une adaptation cinématographique de Carmen entièrement jouée et chantée par des blacks (cf. Carmen Jones ), qui plus est, transposant l’action (en Amérique) et modifiant considérablement livret et contenu des airs, au grand dam des héritiers d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, qui firent bloquer la sortie du film en France. Dans cette version sud-africaine, ce qui frappe d’emblée, outre l’utilisation d’une des langues locales, le xhosa, aux accents doucereux comme la version brésilienne du portugais, c’est l’aspect massif des interprètes. Nous avions en effet perdu l’habitude de voir des chanteurs d’opéra engoncés dans l’énormité de leur corps, particularité qu’ils partageaient jusqu’à une période récente avec les lutteurs de sumo (cf. Mémoires d’une geisha ), pour d’autres raisons, afin de mieux faire résonner leur voix, de la projeter avec une grande ampleur.

La qualité de la mise en scène du britannique Mark Dornford-May, la profusion des teintes saturées (le film semble avoir été tourné en vidéo numérique, en tout cas il fait par moments songer à Rize), au-devant de la scène comme à l’arrière-plan de l’action, polychromie pourtant bel et bien prélevée dans le réel, contribuent sans aucun doute à la magie de sa transposition et à la réussite du projet, qui fut au départ théâtral. Les interprètes sont, quant à eux, à la fois gras et gracieux. Le film ne tombe jamais dans le pittoresque facile, dans l’exotisme, rien n’étant, apparemment, dissimulé de la pauvreté et de la difficulté de la vie quotidienne des habitants des bidonvilles (les fameux townships) encerclant le Cap. Le cinéaste se tient dans une certaine ligne du cinéma britannique engagé, militant, naturaliste par définition.