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JOANA HADJITHOMAS
ET KHALIL JOREIGE

Réalisateurs du film
A Perfect Day
Entretien réalisé
par Heike HURST

Un thriller du sommeil, un film sans vedettes, sauf la ville de Beyrouth, un document sur son architecture hachée, éprouvée par les guerres successives... un film avec des visages inconnus qui parlent de souffrances très semblables à celles de Marie Seurat et de ses filles jusqu’à ce qu’on leur rende le corps de Michel Seurat, assassiné ou mort de maladie lors de sa détention arbitraire au Liban avec les autres otages. Le Liban a 17000 disparus et presque autant de familles qui ne peuvent faire le deuil de leurs chers disparus, à moins de les déclarer pour morts. A Perfect Day est aussi un reportage sur la frénésie de vivre, sur le mouvement entravé, le tout raconté avec humour. C’est aussi l’éloge de toutes celles et de tous ceux qui vivent en bonne intelligence, du gardien d’immeuble à la veuve de guerre, en passant par l’infirmière ou le chef de chantier. Surprenant mode de vie à l’orientale, où le café et surtout ‘la cigarette’ deviennent des objets transitionnels. Un homme-dormeur se transforme par la force de la mise en scène en homme libéré des fantômes de son passé. Le deuil possible va lui redonner le goût de la vie, lui rendre la vue et une démarche assurée. Dans Beyrouth embouteillée, le réel et l’imaginaire se tendent la main : A Perfect Day est un hommage à cette ville, joyau des arts et point de rencontre de plusieurs cultures qui renaît de ses cendres.



Objectif Cinéma : Vous êtes plasticiens, cinéastes-documentaristes... comment s’est passé pour vous le passage du documentaire à la fiction ?

Joana Hadjithomas :
En fait, on a toujours travaille de façon parallèle entre nos travaux de plasticiens, d’installation de vidéos et des films de fiction. Notre première exposition date de 1997. Notre premier film était un long métrage : Autour de la maison rose qu’on a tourné en 1998. On a toujours navigué entre ces deux : après ce premier film on s’est arrêté un petit moment et on a eu envie de faire plus de documentaires ou plutôt des essais documentaires, parce que ce sont des formes très libres un peu à cheval entre la forme documentaire et la forme artistique. On a toujours été entre ces deux, voilà. Dans nos fictions on travaille des thèmes qu’on a déjà abordés dans des installations comme pour A Perfect Day on a fait une installation qui s’appelle « images rémanentes ». Et cette installation parle aussi du problème des disparus et de la présence de fantômes et de ce qui se trouve dans A Perfect Day.

Khalil Joreige : C’est sûr que nous ne sommes pas dans un plan de carrière : on travaille parce qu’on cherche, et parfois ça prend les formes de la fiction, parfois, ça prend des formes du documentaire ou de l’essai documentaire plus exactement. Un long métrage, celui-ci nous a pris trois ans ! Parfois on a envie de formes plus brèves, parfois quand on travaille sur quelque chose, ça dérive autrement.


Objectif Cinéma : Pour Louis Malle, tourner un documentaire : c’est la recréation du cinéaste

Joana Hadjithomas :C’est une liberté ‘créative’... Un long métrage, c’est quand même très lourd à porter, pas seulement quand on y travaille, mais aussi ce que tous les autres projettent sur un long : il y a une pression, il y a de l’argent, enfin, un ‘court ‘ se fait avec plus d’allégresse, mais pour moi les courts, ce sont aussi de vrais films qu’on travaille pour leur format : c’est un film qui doit durer cette durée-là.