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TRUMAN CAPOTE
de Bennet Miller
Par Marion KLOTZ

SYNOPSIS : En novembre 1959, Truman Capote, auteur de Breakfast at Tiffany’s et personnalité très en vue, apprend dans le New York Times le meurtre de quatre membres d’une famille de fermiers du Kansas. Ce genre de fait divers n’est pas rare, mais celui-ci l’intrigue. En précurseur, il pense qu’une histoire vraie peut être aussi passionnante qu’une fiction si elle est bien racontée. Il voit là l’occasion de vérifier sa théorie et persuade le magazine The New Yorker de l’envoyer au Kansas.


GENEALOGIE d’UN CRIME ?

Quelques secondes avant le générique de fin, un homme, seul dans la cabine d’un avion, Truman Capote scrute le trait précis de son propre visage, portrait fidèle et hommage couché sur papier du criminel à l’écrivain qu’il inspira. Comment ? Deux heures plus tôt, la première image du film affichait la date 14 novembre 1959, le lieu et le spectacle d’un meurtre perpétré dans une bonne petite ville du Kansas. Pourquoi ? Une famille de fermiers massacrée sans mobiles apparents. La scène d’ouverture est une terre vierge faite d’aube et de blanc, terrain d’un crime découvert par un regard adolescent d’abord ; mutisme repéré ensuite par l’écrivain Capote, journal et brandy en main. Une absence à raconter, laquelle ? D’abord objet d’un article, événement auquel il consacra finalement quatre ans de sa vie, et sujet de son roman majeur, Sang Froid. L’enjeu du film ? Un fait divers encore anonyme pour tisser l’histoire vraie de l’auteur de Breakfast at Tiffany’s qui en guise de présentation clame à un auditoire pouffant son aversion pour l’autobiographie. Soit. La scène finale nous place en 1966 quand Truman Capote survole et quitte ce Kansas scruté et fouillé ou manque le panorama de sa propre vie que le film ne nous donnera pas. Criminels exécutés, gloire annoncée et chef d’oeuvre achevé, Capote tâte plutôt sur le papier l’arrogance gracieuse de son propre visage, « oeuvre » d’un meurtrier. Mais tient il pour autant entre les mains la promesse que le titre du film justifierait ? Celle d’un portrait fidèle, d’une reproduction datée en dents de lait, illusions perdues et mondanités ? Non, Bennet Miller boude la prime enfance et préfère en quelque sorte la petite intrigue aux événements déterminants généralement survenus entre 2 et 4 ans.

Saluons alors bien bas l’heureux événement et Bennet Miller papa d’un Truman à la fleur de l’âge venu au monde en complet cashemir, arrosant de Wiskhy ses petits pots pour bébé.

Au stade des caprices d’artistes, le jeunot quadragénaire épie le massacre tachant d’en faire le roman d’un crime qui choqua l’Amérique. Mais surtout il extirpe de leurs auteurs les détails d’une histoire qu’il s’accapare et par laquelle il finira par se raconter. L’ellipse est habile, la saga fait place à l’enquête, mécanique. Certainement moins portraitiste qu’anatomiste, Miller impose à son Truman Capote la généalogie du chef d’oeuvre et son détail clinique. Un titre phare, Sang Froid trahissant les objectifs d’une anti-biographie que le personnage signe à grands gestes dévoilant alors le profil d’un prédateur, discret, nourrissant son projet. Comme un costume trois pièces, Capote endosse ses rôles multiples ; dandy warholien, vu, montré et reconnu, journaliste arriviste et discret. Et dans la plus parfaite intimité comme en quête de sa propre fiction il devient ensuite confident des criminels enjôlés, avide des vérités du crime et surtout de la vie de ses auteurs. Données datées ? Précisions du trait ? Le films pose avant tout la question du fait divers sordide matière première d’un roman, et par là celle du geste de l’artiste reprenant celui de l’assassin. Comment répondre à cette énigme mimant en définitive celle de l’intrigue ? Par un film oeuvrant en force sur la délicatesse apprêtée et les intentions de son personnage. Sacrifice biographique au pourquoi du grand oeuvre et surtout au récit d’un grand crime contre le petit récit de soi. Et quand Capote pénètre la cellule des accusés, l’écriture se joue de la barbarie, alors, c’est la sentence qui taille le portrait.