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DVD

LE CAUCHEMAR
DE DARWIN

de Hubert Sauper
Par Philippe CHAPUIS

SYNOPSIS : Les rives du plus grand lac tropical du monde, considéré comme le berceau de l’humanité, sont aujourd’hui le théâtre du pire cauchemar de la mondialisation. En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil, un prédateur vorace, fut introduite dans le lac Victoria à titre d’expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes ont été décimées. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse, puisque la chair blanche de l’énorme poisson est exportée avec succès dans tout l’hémisphère nord. Pêcheurs, politiciens, pilotes russes, industriels et commissaires européens y sont les acteurs d’un drame qui dépasse les frontières du pays africain. Dans le ciel, en effet, d’immenses avions-cargos de l’ex-URSS forment un ballet incessant au-dessus du lac, ouvrant ainsi la porte à un tout autre commerce vers le sud : celui des armes.



POINT DE VUE

Dès sa sortie, le Cauchemar de Darwin, suscita un certain nombre de polémiques dans le monde du documentaire en ravivant des questions consubstantielles à cette démarche : dans quelle mesure s’agit-il d’une “ manipulation ” au service d’un propos pré-établi, n’est-ce pas une “ trahison ” du réel, etc. ? La sortie du film en DVD s’accompagne d’un bonus très estimable : un entretien de 30 minutes - réalisé pendant le festival Premiers Plans d’Angers où le film remporta le grand prix - avec Hubert Sauper au cours duquel ce dernier explique et défend sa démarche, ce qui permet de clarifier la situation.

La position de Sauper est extrêmement claire et cohérente. Il revendique absolument le fait d’avoir construit son film, de l’avoir “ mis en scène ”, d’avoir fait un “ casting ” de ses “ personnages ”... Il ne prétend pas - et c’est une évidence pour qui regarde attentivement le film - être arrivé avec sa caméra et avoir filmé le premier venu afin de capter son “ réel ”... Il a passé plus d’un an en Tanzanie et filmé plus de 200 heures de rushs. Ce matériau considérable a dû être réduit à 1h47 ce qui implique un grand nombre de choix notamment en termes de narration. Toute monteuse, tout monteur sait que l’essentiel du travail d’écriture d’un documentaire se déroule au montage : il faut à partir du matériau existant récréer un ordre qui est toujours en partie extérieur à ce matériau. Chez un cinéaste comme Henri-François Imbert, cet ordre épouse souvent l’enquête telle qu’elle a été vécue par le cinéaste, c’est le cas par exemple de No Pasaran, album souvenir. Sauper, quant à lui, n’a pas choisi cette manière-là d’organiser son matériau, il explique qu’il ne voulait pas que le film devienne le récit de ses expériences personnelles en Tanzanie. En revanche, il revendique absolument le fait que son regard seul fournit la cohérence interne du Cauchemar de Darwin.

Comment caractériser ce regard ? Le premier aspect essentiel du travail de Sauper - qui exclut, à mon sens, la possibilité de manipulation - c’est qu’il ne filme littéralement ni la perche du Nil ni la mondialisation mais la relation qui l’unit en tant que personne à ses interlocuteurs...