Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

TSUI HARK
Réalisateur
Par Romain CARLIOZ



L’APOCALYPSE ENCHANTEE

Le cinéma de Tsui Hark est une course contre la mort : celui qui freine le premier a perdu. Plus d’un spectateur s’est retrouvé sans voix, déboussolé et éreinté par le train infernal des images hallucinées de ce nabab du cinéma hongkongais. À la fois producteur, scénariste, réalisateur, monteur et parfois même superviseur des effets spéciaux de ses propres films comme de ceux de ses collaborateurs occasionnels, la boulimie de cet intrigant personnage n’a d’égale que la beauté sidérante de films flirtant tantôt avec l’avant-garde tantôt avec le statut envié d’éternel nanar. Quel cinéaste peut se vanter d’avoir signé une série Z hollywoodienne pour Jean-Claude Van Damme (Double team) dans la foulée du plus grand chef-d’œuvre du « wu xia pian » (The Blade) ? Personne, si ce n’est ce démiurge qui irrite autant qu’il fascine les amateurs du cinéma asiatique. Plonger dans son univers revient à se confronter au chaos, à la vitesse et aux grands mythes du cinéma hongkongais. Cela suppose aussi l’abandon total de ses habitudes de spectateur pour mieux contempler l’apocalypse enchantée d’un cinéaste majeur.

Né en 1951 au Vietnam, Tsui Hark étudie le cinéma au Texas avant d’entamer sa carrière à Hong-Kong à la fin des années 70. Après avoir réalisé quelques séries pour la télévision, il s’attelle à la réalisation de son premier long-métrage, The Butterfly murders, bien vite catalogué dans cet indistinct fourre-tout que fut « La Nouvelle Vague hongkongaise » et qui a cela de commun avec son illustre aînée française qu’elle réunit des cinéastes novices (Ann Hui, Patrick Tam...etc.), désireux de se faire leur place à coups d’épaules dans l’industrie locale. Pour le reste, il y a peu de points communs entre Story of Woo Viet d’Ann Hui (1981), Father and Son d’Allen Fong (1981) et L’Enfer des Armes de Tsui Hark (1980). D’emblée l’auteur de la série Il Était une fois en Chine affirme ce qui constituera une des constantes de son travail : un attachement profond à la culture artistique et philosophique chinoise, ainsi qu’un imaginaire paranoïaque voire sauvage caractérisé par une peur panique des armes.

Hormis un premier triptyque extrêmement cohérent où il passe en revue trois grands genres du cinéma hongkongais - Butterfly murders est un « wu xia pian », Histoires de cannibales une « kung-fu comedy » et L’Enfer des armes un film de gangsters - en les confrontant à des éléments venus des films gores et fantastiques occidentaux, il paraît inutile de chercher une quelconque logique dans une œuvre qui oscille nonchalamment entre commandes insipides (Aces go places 3 en 1983), rendez-vous manqués (Green Snake en 1993) et jalons essentiels d’un univers protéiforme (Zu en 1983, Le Syndicat du crime 3 en 1989, La Secte du Lotus blanc en 1992, The Lovers en 1994). La beauté du cinéma de Tsui Hark réside au contraire dans ses incertitudes, son caractère bancal, systématiquement sur le fil du rasoir.