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LE CAUCHEMAR
DE DARWIN

Cauchemar d’une espèce
française en voie
de disparition
Par Matt DRAY

Depuis plus deux mois, une bien curieuse polémique est venue frapper violemment le documentaire de création réalisé par Hubert Sauper Le Cauchemar de Darwin, vu par plus de 400 000 spectateurs en France et diffusé sur Arte le 24 avril prochain. En effet, l’article d’un historien de cinéma, François Garçon, paru dans la revue Les Temps Modernes (n°635-636), tente avec opportunisme et véhémence de ruiner les « vérités » filmées d’Hubert Sauper sur les terres tanzaniennes. Résultat d’une jalousie bien française et mondialement reconnue dés lors que la réussite touche un cinéaste dont le tort principal, mis à part celui d’être copieusement considéré comme un odieux mystificateur, serait d’être de nationalité autrichienne, ayant pourtant porté haut les couleurs de la France aux Césars ainsi qu’aux Oscars.



Tanzanie. Afrique de l’Est. Sur les bords de l’immense Lac Victoria. Dans les années 50, les Européens ont volontairement introduit dans le lac la Perche du Nil, un poisson carnivore qui a dévoré la plupart des quelques deux cents différentes espèces de poissons. Son commerce, juteux, nourrit les familles et les tables des restaurants de l’Union Européenne depuis plus de vingt ans. Le documentaire d’Hubert Sauper vise alors à démontrer que l’exportation massive de ce poisson a rejeté les habitants de Mwanza, ville située sur les rives du Lac Victoria, dans la misère la plus absolue. De plus, le réalisateur s’attarde longuement sur les voyages quotidiens effectués par des avions cargos pilotés par des russes et des ukrainiens, qui serviraient alors en fond de base au transport d’armes sur le continent africain.

Selon l’article polémique de l’historien François Garçon, le documentaire d’Hubert Sauper révélerait quelques zones d’ombres : les carcasses de poissons restantes après dépouillement par les ouvriers de l’usine seraient destinées aux cochons et aux poulets et non aux êtres humains comme nous invite à le croire le réalisateur, images à l’appui. De plus, il n’existerait aucune preuve que les aviateurs russes chargent leurs avions d’armes destinées aux guerres civiles qui embrasent l’Afrique. Enfin, l’historien François Garçon s’évertue à prouver à ses lecteurs « intelligents » que le marché de la Perche du Nil s’avère être en fait une aubaine pour l’économie du pays, que cela réduit considérablement les inégalités sociales entre les individus et que les bénéfices de son commerce sont profitables à tous les habitants de Mwanza, donnant du travail et nourrissant à l’occasion des familles entières qui mouraient auparavant de faim, d’ennui et du Sida.

L’article de François Garçon est venu à point nommer pour alimenter la confusion et créer un petit désordre dans le monde fermé des critiques de cinéma. Trop tard cependant pour ne pas faire remporter à Hubert Sauper le César du meilleur premier film, mais au contraire parfaitement dans le timing pour lui rendre la cérémonie des Oscars insupportable, cérémonie qui a vu, par un heureux hasard pourrait-on croire, couronné La Marche de l’Empereur. Il semblerait que le cinéaste Hubert Sauper ait très vite compris qu’il ne gagnerait pas lorsqu’il aperçut des pingouins en plastique sur les genoux de certains spectateurs. Il aurait fallu lui conseiller de venir avec des armes en plastique et des figurines représentants des petits enfants tanzaniens amputés jusqu’aux genoux s’il voulait conserver des chances d’obtenir la statuette hollywoodienne. Ainsi va le spectacle d’Hollywood, amusant et ignorant tout des réalités et des enjeux du monde.