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REMBRANDT FECIT 1669
de Jos Stelling
Par Julien ABADIE

SYNOPSIS : La vie du maître légendaire Rembrandt van Rijn (1606-1669) de son arrivée à Amsterdam en tant que peintre reconnu, à sa mort. Entre démêlés amoureux et difficultés financières, le film esquisse les traits d’un homme tourmenté et obsédé par son art.



DE LA MAIN A LA TOILE

Curieuse entreprise que ce Rembrandt fecit 1669, métrage hollandais de Jos Stelling tombé dans les oubliettes du 7ème Art. Alors que les biopics de toutes sortes squattent les écrans, sa ressortie en salle (il date de 1977) a comme un goût d’opportunisme mercantile. D’ailleurs, les premières minutes ne se démarquent pas vraiment du tout venant ; pire, elles se vautrent dans le poncif éculé du genre : la contamination du plan par l’œuvre de l’artiste, l’imitation visuelle, une dérive fétichiste qui a conquis toute les planètes de la galaxie biopic (remember La Jeune fille à la perle). A ceci près qu’ici, la démarche est transcendée. A petites touches, sans crier gare, le cliché vole en éclat et se mue en système de mise en scène : Rembrandt fecit 1669 sonde l’homme autant que la peinture, et touche au lien organique, quasi sexuel, qui unit créateur et créature. De la main à la toile : chemin d’un flux créatif...

L’intrigue, trop linéaire sans doute, se focalise sur les rapports agités que le peintre entretenait avec le beau sexe. Ici et là, quelques ellipses temporelles tentent bien de contrecarrer la marche de ce récit rectiligne. En vain... Mais qu’importe au fond : l’essentiel est dans la forme. Composant le moindre plan comme Rembrandt ses tableaux, Stelling joue sur la matière, la patine, l’ambiguïté érotique, et sublime l’espace à coup d’incandescents clair-obscurs. Copies fidèles des chefs d’œuvres du flamand, les plans brouillent peu à peu les repères, abolissent la frontière entre le modèle et sa représentation, confondent le film, le peintre et son art. Jusqu’au point de non retour : il n’est plus question de confusion quand les frontières semblent n’avoir jamais existées. Plan/peinture, peinture/plan : Rembrandt Fecit 1669 n’est qu’un dialogue entre ces deux langages, qu’aller-retour et va-et-vient hypnotiques.