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FRANCIS J. ROACH
Danseur et chorégraphe
Par Nicolas VILLODRE

NEVER STOP MOVING

A l’occasion de sa venue en France pour un stage organisé par Sunset Productions et le Bilingual Acting Workshop dans un des magnifiques studios de Smoking et Brillantine, et un séjour au Centre James Carles de Toulouse, nous avons eu le plaisir de faire la connaissance d’un des représentants les plus attachants de la danse américaine dite « de jazz », Francis James Roach.



Il y a trois Roach célèbres dans le domaine du jazz : Hal, le producteur de merveilleux courts métrages consacrés à la musique et à la tap-dance noires-américaines réalisés en plein âge d’or des années 30 et 40 ; Max, le célébrissime et inimitable batteur qui marqué de sa polyrythmie le jazz moderne ; enfin, Francis J. Roach, le danseur et chorégraphe qui propage la méthode de danse mise au point par son maître Louis Facciuto, dit Luigi. Le danseur et chorégraphe américain Eugene Louis Facciuto, né en 1925, plus connu sous le (sur)nom de Luigi que lui donna en 1949 Gene Kelly, a codifié la technique qu’il a appelée « jazz », qu’il enseigne depuis 1951. Le mot « jazz » est ici, nous semble-t-il, utilisé un peu abusivement, a été quelque peu vidé de son sens, en partie détourné, cette danse blanche ou « blanchie » n’ayant plus directement à voir ni avec la tap-dance ni avec les danses de jazz afro-américaines telles qu’elles ont pu être collectées et reconstituées par la cinéaste Mura Dehn, amie de Jean Rouch et de Mary Meerson : elles ont simplement en commun l’utilisation de musiques syncopées.

Avec Jack Cole et quelques autres - Katherine Dunham, Lester Horton, Alvin Ailey, Fred Astaire, Nick Castle, George Balanchine, Jerome Robbins, Gene Kelly, Robert Alton, Hermes Pan, Michael Kidd, Bob Fosse, Gus Giordano, Gwen Verdon -, Luigi a contribué à créer une nouvelle discipline, un style inédit, un genre de danse à part, fluide, choral, cool et lisible par tous. Le Luigi’s Jazz Centre de New-York, créé en 1956, est historiquement le premier studio au monde dédié à cette pratique.

Après avoir eu un grave accident de voiture, à la fin des années 40, pensant ne plus jamais pouvoir danser, Luigi met au point une technique de danse-thérapie, fondée sur l’utilisation de mouvements doux, d’étirements du corps, un art du stretching, une kinésiothérapie, une gymnastique rythmique proches, par certains côtés, du yoga. Pour résoudre ses problèmes d’équilibre, il invente la notion de barre imaginaire, qui le soutient psychologiquement dans ses mouvements, l’aide à repousser des obstacles virtuels. Le système de rééducation de Luigi est, en quelque sorte, un Pilatès sans Pilatès  : une technique sans appareillage ou dont le seul outil serait le corps humain. Après un an de réhabilitation, Luigi trouve du travail dans les lignes de « chorus boys », au théâtre, au cinéma ou à la télévision (The Colgate Comedy Hour, The Red Skelton Show).

Il fait alors de la figuration dans les films Un jour à New-York / On the Town(cf article sur On the town), An American in Paris (cf. article), Annie Get Your Gun, Singin’ in the Rain, The Band Wagon et White Christmas. Il côtoie et travaille avec les plus grands : Fred Astaire, Cyd Charisse, Doris Day, Judy Garland, Bing Crosby, Mickey Rooney, Donald O’Connor, Danny Kaye, Patricia McBride, Bette Midler, Barbra Streisand, Christopher Walken, John Travolta, Robert Joffrey, Twyla Tharp, etc. Sa technique devient vite une méthode d’entraînement du danseur et même une nouvelle esthétique, une danse en vogue dans le milieu des variétés - il a travaillé avec des artistes comme Liza Minnelli, George Chakiris (cf. Les Demoiselles de Rochefort) -, et a séduit aussi les pionniers de la danse noire-américaine que sont Katherine Dunham (cf. Stormy Weather), ou Alvin Ailey, qui suivit lui-même les cours de Luigi.