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HEIMAT
A perte de vue
Ebauche d’un panorama
Par Marion KLOTZ

SYNOPSIS - 1 et 2 : Chronique d’un village du Hunsruck, province allemande, entre 1919 et 1982, à travers l’histoire d’une famille, d’une femme, Maria, née en 1900. Ce film tente de faire revivre les souvenirs en racontant des petites histoires refoulées et oubliées sous le poids d’un passé nazi.

SYNOPSIS - 3 : Le 9 novembre 1989 a lieu la chute du Mur de Berlin. Tout le monde est envahi par l’euphorie de la réunification des deux Allemagnes. Hermann Simon et Clarissa Lichtblau se retrouvent après une longue période et redécouvrent l’amour qu’ils avaient eu autrefois l’un pour l’autre, ils partent pour le Hunsrück.
La maison Günderrode, qui surplombe la vallée du Rhin et que Hermann et Clarissa restaurent avec passion, est le point autour duquel s’articule cette chronique. Chacun se trouve confronté aux changements qui touchent la mobilité, les télécommunications, le travail, les modes de vie... et tous rêvent des nouvelles possibilités que la nouvelle Allemagne peut leur offrir.



ANALYSE

Heimat, c’est d’abord le nom donné à l’oeuvre monument d’Edgar Reitz débutée en 1979 pour s’achever au début des années 2000. L’Allemagne entre l’Est et l’histoire qu’on en connaît, sur la carte comme sous les pieds et le vingtième siècle qui l’a véritablement sculptée, ici ramassés au coeur d’une petite bourgade authentique et fictive. Heimat, c’est l’Allemagne de Reitz, Une allemagne passée au crible d’une infinité de regards, autant de personnages, de portraits, et de petites histoires qui loin de la grande devraient en cerner les enjeux retenus dans le cadre de l’écran. Bilan ? Une saga familiale qui déroule en 60h de film le compte rendu d’un siècle d’histoire ? Compte tenu de l’ampleur de l’oeuvre ne prenons pas de détour pour affirmer que les enjeux, justement, sont ailleurs. Retour au origines d’une idée : Heimat c’est d’abord un terme, sans équivalent français, la terre natale et terre d’accueil, concept généalogique plus que réalité géographique. L’idée d’un foyer qui nous porte puis nous perd et dont les limites sont celles que la mémoire aura tracée. En quelque sorte une utopie à l’épreuve du temps qu’avec sa trilogie le réalisateur allemand se propose de cerner. Retour aux origines d’un projet : un projet d’écriture dominé par un insatiable souci de reconstruction. Un an avant le début du tournage, Reitz s’établit dans la région du Hunsrück y plante son village trop vrai pour avoir existé et déroule la première partie d’Heimat qui ne quittera plus Schabbach. Il s’imprègne, recueille témoignages, mémoire des gens, mémoires des lieux, écrit. Collecte minutieuse et expérience en temps réel d’un travail mémoriel qui finit par nourrir un scénario de plus de 2000 pages. Reitz se pose dans cet hors du monde, justement scruté et traduit comme conscience de celui-ci.


Origine d’une quête

Plus que le récit d’une fresque historique, c’est bien l’expérience du passé dans le présent, d’un "temps scellé" qui innerve le film-fleuve de Reitz lui donnant ainsi l’envergure d’une véritable performance. Une exigence plutôt ? Car précision archéologique et généalogique portent justement l’obstination du cinéaste qui ne tend en définitive qu’à rendre ses pleins pouvoir au cinéma. Ne craignons pas de parler d’obsession quand il s’agit d’abord d’en révéler le langage premier : l’image. Celle qui fige comme elle raconte, celle qui fixe le temps et qui sans l’extraire de son cadre finit par porter le cinéma au delà de lui même.